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    January 23

    Page 56

    Mauro, ancien chef des Chamacs, a été banni de son peuple par Cafu et les Communautaires. Il retrouve dans la forêt le Sorcier ainsi que des guerriers chamacs. Ces derniers avaient découvert le village des dissidents de la Communauté qui sont en émoi après l'apparition soudaine et mystérieuse de nourriture dans leur campement.


         Les dissidents ont commencé à se réhabituer à un régime sous calorique quand un matin l'odeur de viande grillée vient à nouveau exciter leurs terminaisons olfactives. Les seuls à ne pas s'agiter sont ceux qui sont retenus au fond du trou. Leur position ne permet pas au vent de leur porter ce fumet jusqu'à leurs narines. Passée la surprise de l'odeur revenue, une autre attend les dissidents. Trois sangliers rôtissent devant la hutte de Diego Armando et tout autour du feu vingt hommes sont postés debout. Le plus grand d'entre eux leur tourne le dos et fait face à la porte. A côté de lui se tient un de ses congénères, plus petit, courbé, portant toutes sortes de colliers. Les dissidents ont faim mais hésitent à se jeter sur cette nourriture tombée du ciel. Les gardiens du barbecue ont l'air beaucoup plus costauds qu'eux, en bonne santé et peu commodes.

                Les cris qui commencent à monter de la petite tribu intriguent les adeptes de la divinité à tête de lapin reclus plus bas que terre et réveillent Diego Armando. Ce dernier sort de chez lui les yeux mi-clos et en se grattant la tête.

    - Ma qué… C'est quoi ce bordel encore ?

                Armando comprend à présent pourquoi sa tribu s'agitait. Il sait aussi comment toute cette nourriture est arrivée mystérieusement et miraculeusement dans son village. Pas de dieu à tête de lapin ou de sanglier derrière tout ça, mais juste quelques indigènes. Il faut prendre le dessus sur eux tout de suite. A ce moment précis le plus petit des deux hommes qui lui font face se prosterne devant lui. Armando esquisse un sourire puis d'un violent coup de pied écarte de son passage le Sorcier. A cet instant précis, les Chamacs se retournent vers lui et attendent un signe de Mauro. Mauro ne dit rien mais vient se placer entre les sangliers et Armando. Le chef des dissidents le toise du regard puis le fixe droit dans les yeux. Il lève son bras pour frapper Mauro mais celui-ci rien qu'en durcissant son regard fait comprendre à Armando qu'il a intérêt à stopper son geste au plus vite. Ce dernier comprend avant qu'il ne soit trop tard et finit par ouvrir sa main en signe de salut. L'ancien chef des Chamacs se retourne vers le feu, arrache deux morceaux de viande directement sur la bête et  en donne un à Armando. Par ce geste Mauro veut faire comprendre qu'il est l'égal de celui avec qui il partage son repas. Le message semble passer, moins par la symbolique du geste que par la forte musculature et le regard d'insoumis de Mauro. Les deux hommes ne se quittent pas des yeux pendant qu'ils mangent. D'un geste presque imperceptible, Mauro ordonne à ses soldats de distribuer la nourriture aux autres dissidents. Tout à la joie de cette manne providentielle, les Chamacs et les dissidents tissent des liens. Des sourires viennent illuminer les visages de toute part. Ou presque, en effet Mauro et Armando ne desserrent pas les dents et passe leur temps à jauger leur adversaire dans cette lutte de pouvoir.

     

                Les braises rougeoient encore entre les pierres. Les trois sangliers sont à présent complètement désossés et il ne reste plus un morceau de viande cuite dans le village. Le Sorcier s'approche doucement de Mauro.

    - Ce n'est pas ce que j'appelle se soumettre mais nous sommes toujours en vie Mauro, dit le Sorcier

    - Me soumettre à cet homme ? Jamais, répond l'ancien chef chamac. Il ne me fait pas peur. Il n'est rien. Il peut avoir du pouvoir sur les vermines de ton espèce mais pas sur moi. Je me méfie de lui mais je n'ai pas peur.

    - Mais notre plan… nous soumettre pour nous intégrer puis les ramener chez nous…ce n'est pas ce qui était prévu.

    - Et alors ? Sorcier, je suis un grand chef, j'ai mené bien des combats et la guerre ne se fait pas selon des plans établis à l'avance. Il faut savoir s'adapter au changement de situation et à présent la situation a changé. Il va falloir improviser. D'habitude soit un peuple domine l'autre et l'écrase, soit un peuple est dominé et il meurt ou sert d'esclave. Nous allons être une minorité qui ne se fera pas écraser. Nous allons montrer à ces hommes qu'ils ont besoin de nous, qu'ils ont beau être plus nombreux, avoir des pouvoirs surnaturels, ils devront nous considérer comme des associés et non comme des esclaves. Mauro ne se soumet pas ! Plutôt mourir que de voir les Chamacs réduit à l'esclavage.

    - Qu'allons nous faire dans ce cas ? demande le Sorcier.

    - Vous allez apprendre à ce peuple à chasser, à bâtir des abris de meilleure qualité. Ne leur dévoilez pas tout notre savoir, n'oublie jamais qu'en fin de course il faudra éliminer leur chef pour prendre sa place. Toi, Sorcier, dit Mauro en pointant son doigt sur son interlocuteur, je veux que tu en apprennes le plus possible sur leurs étranges pouvoirs. Comment ce chien de Cafu a-t-il pu tuer Dorado juste en levant la main?

    - Bien Mauro je suivrai tes ordres.

     

                Dans l'après midi, les Chamacs emmènent les dissident dans la forêt pour leur monter quelques astuces de chasses, comment monter des pièges, où trouver le gibier, quels sont les champignons comestibles. Le soir venu, tout le monde festoie autour d'un grand feu pour fêter cette nouvelle amitié dissido-chamaque. Chaque peuple à son tour chante pour les autres, les femmes dissidentes mises en joie par l'arrivée d'hommes robustes au sein de leur village déploient tous leurs charmes pour séduire les Chamacs. L'ambiance est incontestablement festive et chaleureuse. Néanmoins deux hommes, diamétralement placés autour du feu, n'ont pas ouvert la bouche depuis des heures. Ils semblent figés, le regard fixe, juste de temps en temps une petite rotation de la tête quand la pression  devient trop forte en face.

               

                Ce n'est pas un sauvage qui va prendre ma place et diriger les dissidents. Soumets toi sous-homme  

     

                Je ne sais pas d'où tu viens mais tu seras le bras de ma vengeance et je te tuerai ensuite.

    December 05

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    47. FESTINS

     

                Un homme dort paisiblement sous un arbre. Encore une nuit où le ciel lui a servi de toit. Ses rêves l’ont encore transportés dans un endroit, paisible, douillet et chaud. De la viande cuite, un bain à remous, de la musique douce, un verre de champagne frais et une demoiselle lui massant les épaules formaient le décor onirique de sa dernière nuit. Pourtant quelque chose le sort avec force de ce songe. Ses narines s’agitent, il renifle. Cette odeur lui est familière, pourtant il ne pourrait la décrire immédiatement. Puis un bruit. Un craquement. Ses glandes salivaires se mettent instinctivement en action. Il se relève doucement et s’étire face au soleil levant. Il se frotte les yeux et ne croit pas ce qu’il voit. Des cailloux encerclent des flammes. Deux branches en forme de Y soutiennent une branche droite. Sur cette branche rectiligne sont embrochés trois gros lapins. L’homme a cinq secondes de réflexion puis en voyant ses congénères se réveiller se précipite pour glaner le plus de viande possible. Une bataille acharnée se déclenche entre ces affamés. On ne se frappe pas, on se mord. Alertés par le bruit, Diego Armando et ses sbires accourent vers le lieu du pugilat. Il se fait expliquer que cette viande en train de griller est apparue inexplicablement ce matin. Personne n’étant parti chasser cette nuit  la rumeur d’une intervention divine commence à enfler. Armando exige le silence parmi les dissidents et prend comme première mesure de châtier ceux qui ont oser manger cette viande sans son autorisation. Toute la journée les dissidents ne parlent que de cela, les hypothèses les plus folles commencent à circuler. Dieu revient au centre de toutes les discussions pour justifier cet événement. A la tombée de la nuit s’organisent des groupes de prières à l’endroit où le gibier grillé est apparu.

     

                Le lendemain matin, de l’autre côté du village des dissidents, à nouveau de la viande en train de griller au dessus d’un feu. Et encore une fois c’est la foire d’empoigne entre les dissidents. Ceux qui n’ont pas pu goûter les lapins hier veulent en manger aujourd’hui  et ceux qui en ont mangé hier veulent à tout prix renouveler cette expérience. Après quelques minutes Armando surgit de sa case et met fin à tout ce désordre. Il emporte avec lui le reste de viande non consommée et sévit à nouveau sur ceux qui ont mangé de la viande. Les discussions sont de plus en plus vives au sein des dissidents qui y voient de plus en plus un cadeau divin pour les aider à surmonter leurs conditions de vie. Certains même se mettent à tracer des lapins, d’autres créent un culte dévoué à une divinité à tête de lapin. Une vague spirituelle déferle sur le village des dissidents. Cette deuxième soirée est complètement folle, les petits groupes formés rivalisent de dévotion pour s’attirer les bénéfices de la force supérieure responsables de ces deux miracles.

     

                Le troisième jour ce n’est plus trois lapins mais un gros sanglier qui se retrouve embroché au dessus des flammes. S’il y a encore de l’agitation au sein du village, les bagarres ne sont que sporadiques en raison de la quantité de viande découverte. De ce fait les dissidents font moins de bruit et Armando fulmine en voyant que presque tous les dissidents ont mangé du sanglier sans lui. La répression est extrême, à tel point qu’un des villageois, choisi au hasard par le Généralissime, meurt presque sous les coups des brutes à la solde de Diego Armando. Au cours de la journée les dissidents ne savent plus à quel saint se vouer. Dieu ? Divinité à tête de lapin ? De sanglier ? Les esprits de la forêt ? La soirée reste calme et silencieuse, à la grande joie d’Armando qui apprécie le calme régnant enfin au sein de sa tribu.

     

                Le quatrième jour un autre sanglier grille au dessus des flammes. Toujours le même manège mais dans le calme relatif cette fois ci. Armando et ses sbires sont même prévenus assez rapidement après le début du festin et les représailles se font plus douces. La force du miracle s’estompe mais les dissidents apprécient quand même cette nourriture tombée du ciel. Ils ont plus de force pour travailler et pendant deux jours les hommes s’activent sans relâche pour creuser un système d’irrigation. Le soir des petits groupes se forment en fonction des affinités spirituelles.

     

                Pendant une dizaine de jours, les dissidents ne sont plus réveillés par l’odeur chaude et agréable de la viande grillée. Le doute s’installe alors au sein de cette tribu. Les travaux n’avancent plus aussi vite, Diego Armando profite de ce moment de flottement pour désigner des boucs émissaires. Cela tombe sur ceux qui croient en une divinité à tête de lapin. On les force à creuser un trou de cinq mètres de profondeur dans lequel on les expédie.

    September 21

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    46. OBSERVATION

     

                Le village des dissidents ressemble à un campement de fortune après le passage d’un ouragan ayant tout embarqué sur son passage. Les cabanes sont construites à partir de bric et de broc, seule la hutte de Diego Armando possède une forme respectable. Celui qui se fait appeler le Généralissime, sans doute en souvenir de tous les révolutionnaires sud-américains, règne sur une troupe d’affamés qui lui est entièrement dévouée. En reprenant le vocabulaire socialo-marxiste très en vogue dans la région du monde qui l’a vu naître, en s’appropriant sans vergogne la plus grande partie des maigres richesses que cette tribu a récolté depuis son départ de la Communauté et en s’appuyant sur quelques hommes de main, Diego Armando tient un pouvoir rigide sur ce village. Mais si Armando est un roi, il règne sur un peuple faible et sans réel espoir. Ces ex-nantis errent en guenilles, se nourrissant de racines, de fruits trop mûrs ou de carcasses d’animaux pas fraîches. Les rares prises de chasse étaient réservées au Généralissime et à ses sbires.

                    Perché dans son arbre Mauro fulmine d’impatience et se voit déjà en train d’égorger quelques un de ces étrangers. Néanmoins les événements des dernières semaines lui intiment de rester caché dans les branchages. Quelques instants suffisent cependant pour se faire une bien piètre opinion à propos de cette tribu. Un coup d’œil suffit à Mauro pour se faire comprendre du Sorcier. D’un geste assuré du bras il indique aux autres Chamacs postés dans les arbres de garder leur position. En prenant soin de faire le moins de bruit possibles, Mauro et le Sorcier se mettent à l’écart et commence à discuter

                    - Sorcier nous ne ferons qu’une bouchée de cette tribu. Ils sont faibles, sans défense, à part quatre ou cinq hommes un peu plus costaud, nous pouvons tous les briser d’un seul coup de poing. Attendons la nuit pour attaquer. On s’occupe d’abord de tuer les plus forts, et les plus faibles auront tellement peur de nous que la bataille sera gagnée en très peu de temps.

    - Je ne crois pas que cela soit la meilleure idée Mauro, souffle le Sorcier. Nous pouvons tirer un grand parti de ces hommes. Certes nous allons devoir subir quelques désagréments mais dans un avenir plus ou moins proche en récolter les fruits.

    - Explique toi !

    - Tout de suite Mauro, dit le Sorcier en se prosternant devant son chef. Tu as du remarqué que ces étrangers ressemblent aux amis de Cafu. Ils ont l’air moins puissants certes mais ils ont la même origine.

    - C’est vrai et alors ?

    - Et bien peut être que ceux là aussi ont un grand savoir et des pouvoirs comparables aux autres. Visiblement nous avons des choses qu’ils n’ont pas et inversement. Nous savons comment survivre et nous développer dans ce milieu. Eux pas du tout si on regarde leur allure. En voyant ce village sans défense on peut supposer aussi qu’ils ne connaissent pas grand chose à l’art de la guerre.

    - En effet ! On ne voit aucun soldat dans ce village à part autour de la hutte de celui qui semble être leur chef. De plus les hommes que l’on voit n’ont l’air nullement capable de se battre avec bravoure. Mais je ne vois toujours pas pourquoi nous devrions les épargner.

    - C’est parce que tu es un grand chef Mauro, avec un caractère de chef. Moi je suis Sorcier et je vois les choses autrement. L’idée est qu’il faut se soumettre à eux pour s’intégrer en leur sein. Montrons leur en quoi nous pouvons leur être utile. Ramenons de la nourriture, montons une armée, glanons des richesses pour eux et nous pourrons être considérés comme leurs égaux.

    - Moi me soumettre tel un vulgaire esclave ? C’est une plaisanterie j’espère !, s’emporte Mauro.

    - Mais qui parle d’esclavage Mauro ? Il nous suffirait de cinq minutes pour massacrer ce peuple. Même à dix contre cent ! Le tout est de le faire croire. Et puis tu as vu comme moi ce qui s’est passé avec Cafu et les hommes venus avec lui. Seuls des êtres semblables à ceux là peuvent vaincre ceux qui t’ont chassé.

    - C’est vrai ils possèdent sans doute quelques pouvoirs secrets qui leur donnent une force inhumaine. Sinon comment Cafu aurait-il pu tuer Dorado juste en levant la main ? il faudrait donc arriver à monter ce peuple misérable contre les amis de Cafu, et ensuite tuer leur chef pour prendre sa place. En mêlant la force des Chamacs et le savoir de ces étrangers il serait facile pour nous d’écumer toutes les tribus qui vivent à une semaine de marche aux alentours. Je deviendrais alors le chef le plus puissant que les Chamacs n’ont jamais connu.

    - Tu as tout compris Mauro, il ne nous reste plus qu’a préparer notre entrée en scène au milieu de ces hommes. Je sais même comment nous allons nous y prendre. D’ici quelques jours tout sera prêt.

    July 10

    Page 53

    45. NOUVEAU DEPART

    Un Chamac court à perdre haleine dans les sous-bois. Il file droit devant, bondit par-dessus les branches, ne remarque même pas les animaux qui s'écartent devant son passage. Son souffle court rythme avec précision chacun de ses pas, ses bras pliés se balancent le long du corps pour assurer un équilibre parfait, ses talons effleurent à peine le sol tandis que toute son énergie se concentre sur ses orteils pour le pousser plus loin, plus vite. Sa course a débuté il y a une heure et ne s'arrêtera qu'au moment précis où il se trouvera devant le Sorcier. Parti en reconnaissance depuis plusieurs jours, il a su tout de suite que sa mission était terminée. Maintenant il doit rentrer faire part de ce qu'il a vu. En arrivant dans le campement de fortune, il se précipite devant le Sorcier. Très essoufflé, il tente de reprendre haleine pour débiter un rapport clair. A peine commence-t-il qu'il reçoit une branche dans le dos.

    - Retourne toi Soldat ! dit Mauro. Je suis là, à présent c'est à moi que tu dois rendre des comptes et plus à ce sorcier de malheur.

    Le soldat se jette immédiatement aux pieds de son chef et remercie les Dieux pour avoir protéger Mauro.

    - Des étrangers. Au nord.

    - Des étrangers tu dis ? Quelle tribu? répond Mauro.

    - Aucune tribu connue Mauro, ou alors…

    - Ou alors quoi ?

    - On dirait ceux qui sont venus avec ce chien de Cafu. Mais je n'en ai reconnu aucun et puis ils ont l'air plus faibles.

    - Plus faibles dis-tu ? Nous pourrions peut être leur donner une leçon.

    - Mauro si je peux donner mon avis.., dit le Sorcier.

    - Tu n'as peur de rien toi décidemment espèce d'incapable, grogne Mauro. J'espère que cette fois ton idée sera bonne. Je te signale que depuis un certain temps ma situation ne fait que se dégrader. Un jour je vais perdre patience pour de bon et te tuer de mes mains.

    - Mais comme tu es un souverain juste, généreux et miséricordieux tu as épargné ma misérable existence et je t'en suis éternellement reconnaissant. C'est bien pour cela que je suis à ton service.

    - Bon vas y, quelle est cette idée ?

    - Et bien, commence le Sorcier, je pense que nous pouvons utiliser ces étrangers pour nous venger de Cafu et reconquérir notre peuple…

    - MON peuple Sorcier! Mon peuple…

    - Oui Chef, ton peuple…Je disais donc que si nous parvenions à nous allier avec cette tribu qui ressemble aux amis de Cafu nous pourrions sans doute les combattre ensuite et les vaincre. Le Soldat dit que cette tribu est faible. Elle ne présente sans doute pas de danger vital pour nous. Il suffira de les aider un peu pour en faire des alliés. Ces étrangers ont un savoir supérieur au nôtre ça nous le savons, mais nous pourrions apprendre leurs secrets et devenir beaucoup plus puissants et ainsi revenir en vainqueur dans le village chamac.

    - Nous associer à une autre tribu ? Mais enfin Sorcier, répond Mauro, nous n'avons jamais fait ça. D'habitude nous repérons une tribu, nous la massacrons, la pillons, faisons des prisonniers, et engrossons les femmes. C'est comme ça que se déroule la guerre depuis la nuit des temps chez les Chamacs. Pourquoi voudrais tu changer une stratégie qui a toujours fait ses preuves ?

    - Mauro tu es un grand chef de guerre c'est indéniable mais n'oublie pas les Broline et ces étrangers qui ont débarqué avec Cafu. Deux défaites cuisantes. Regarde où nous en sommes aujourd'hui. Nous sommes terrés au fond d'un bois sordide à manger du lapin cru et des fruits pourris. Il faut changer de tactique face à des adversaires devenus trop forts pour nous.

    Mauro se gratte la tête, lève les yeux au ciel, tourne sur lui-même. Puis d'un geste il indique à tout le monde qu'ils lèvent le camp pour aller voir cette tribu inconnue. En chemin il discute avec le sorcier de la meilleure façon pour s'intégrer amicalement parmi ces étrangers. Au fur et à mesure que la troupe approche de son but, le silence se fait de plus en plus pesant. La tension liée à la proximité de la rencontre est bien présente et les Chamacs retrouvent les réflexes guerriers habituels. Les sens sont en éveil, chaque geste est précis, méticuleux.

    Devant eux se trouve la clairière dans laquelle se sont installés les étrangers. C'est vrai qu'ils sont faibles, on ne s'installe jamais à découvert à moins d'être sûr de sa force, pense Mauro. Ils nous seraient très facile de les écraser. En quelques instants tous ces hommes seraient éventrés, gisant sur le sol.

    Les Chamacs s'organisent pour se positionner tout autour du campement et ainsi observer cette tribu inconnue.

    (...)

    April 02

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    44. QUELQUES JOURS PLUS TARD

     

    Mauro erre dans la forêt à la recherche d'une proie qui fera office de déjeuner. Son regard croise celui d'un gros lièvre gris. L'espace d'un instant les deux êtres vont se figer et se jauger. C'est le Chamac qui lance les hostilités. A grandes enjambées il tente de fondre sur l'animal. Le lièvre ne s'en laisse pas compter et tente de s'échapper en zigzagant entre les racines et les broussailles. Mauro se rapproche inexorablement, il ne sent pas ses pieds agressés par les petites pierres qui affleurent du sol. Une seule idée en tête : attraper la proie rapide et poilue qui s'agite devant lui. Le lièvre vire à gauche autour d'un chêne, bondit entre deux fougères, sa patte avant droite dérape et il manque de finir écrasé contre un bouleau. Mauro sent que la victoire est proche, il n'a plus que deux mètres à combler. Dans un réflexe, le mammifère gris plonge dans un trou à l'intérieur d'un gros tronc. Mauro s'arrête à l'endroit où a disparu le gibier. Il s'agenouille pour tenter d'apercevoir le lièvre dans le trou mais il ne voir tien. La tête contre le sol il tend son bras à l'intérieur pour essayer d'attraper l'animal. La seconde d'après le Chamac regrette déjà son idée. Deux griffes et trois quenottes se sont plantées dans son avant-bras. Mauro hurle de douleur et s'assied devant le tronc. Tu sortiras bien un jour, j'attendrais.

    Mauro est à genoux face au tronc, prêt à bondir. Son regard fixe fusille l'entrée du trou qui sert d'abri au lièvre gris. Rien ne peut détourner l'attention de l'ancien chef Chamac. Même pas les voix et les bruits de feuillages qu'il entend au loin. Il a d'abord un compte à régler avec cette bête. Pourtant sa concentration se disperse quelque peu au fur et à mesure que les voix se rapprochent de lui. Un lièvre ne peut pas être dangereux, des humains oui. Un regard furtif vers la gauche le rassure : un petit bosquet le protège d'éventuels regards. Devant lui rien ne bouge. A sa gauche du mouvement. La voix est reconnaissable. Mauro connaît ces incantations par cœur. Il a entendu des milliers de fois ces chants. Tout cela ne demande qu'une confirmation mais Mauro n'ose pas dévier son regard d'un pouce. Pourtant l'envie le démange, ses yeux s'écartent imperceptiblement de leur objectif initial. Le lièvre compte de moins en moins, il n'existe presque même plus. Mauro a fait basculer toute son énergie de sa vue vers son ouie. Il ne voit plus le tronc d'arbre. Il entend. Il ne fait qu'entendre ce son familier qui lui arrive de la gauche. Au fur et à mesure que ça se rapproche, le cerveau de Mauro lui intime l'ordre de se lever au plus vite. Le Chamac ne résiste pas longtemps et bondit hors de sa cachette.

     

    Un hurlement vient interrompre les incantations. D'un geste de la main Mauro fait cesser ce cri de stupeur.

    - C'est moi Sorcier !

    - Tu…tu… tu n'es pas mort Mauro ? demande en tremblant le Sorcier.

    - Tu vois bien que non. Je me suis échappé de leurs griffes. Ils voulaient me tuer. Tu es seul dans cette forêt ?

    - Non. Il y a quelques hommes avec moi plus loin. Nous avons établi un petit campement dans les sous-bois. Les autres seront ravis de te voir. Quand ils ont vu l'usurpateur et ces étrangers te renverser, ils ont préféré partir.

    - Courageux comme des poules, peste Mauro. Emmène moi vers eux.

      Mauro suit le Sorcier mais s'arrête aussitôt. Il a entendu un bruit derrière lui. En se retournant il a juste le temps d'apercevoir une touffe de poil gris qui s'éloigne. Il ramasse une pierre et l'envoie en direction de la proie qu'il a laissé filer. Un grognement bestial s'échappe du fin fond du Chamac qui à cet instant maudit le sort qui s'acharne contre lui depuis quelques temps. Au bout d'une heure de marche, les deux hommes en rejoignent une vingtaine d'autres qui ont monté un petit camp de fortune en attendant des jours meilleurs. Une joie mêlée de peur envahit les fuyards lorsqu'ils voient leur chef arriver avec le Sorcier. Ils se sentent moins perdus, mieux protégés des dangers extérieurs avec ce repère solide. Pour fêter ces retrouvailles Mauro tabasse le plus frêle d'entre eux pour lui voler sa nourriture et imposer son pouvoir au sein de cette faible troupe.

    January 16

    Page 51

     

    Comme ça fait un moment que je n'ai pas publié de page, j'ai remis le chapitre 41 et 42 pour vous remettre dans le bain...

     

     

    41. DEPART

     

    Le jour ne s’est pas encore levé et la délégation est prête à partir. Cafu a indiqué au professeur Diomède sur une carte l’endroit où, en principe, se trouve son village. Diomède est très excité et impatient de rencontrer les Chamacs. Il va pouvoir étudier une nouvelle population, son mode de vie, ses rites, ses outils et même s’il a déjà pratiqué un prélèvement d’ADN sur Cafu il voudrait bien compléter son étude en récupérant d’autres échantillons. Luc Deschamps n’est pas aussi pressé que le vieil homme. Il sait que la Communauté prend un risque en se faisant connaître aux tribus des environs. Mais après plusieurs moi restée dans son cocon de métal, la Communauté doit maintenant se mouvoir et tenter de changer l’histoire. Ayant écouté Cafu présenter son peuple, Deschamps a décidé d’emmener vingt hommes et dix femmes avec lui. L’idée d’un nombre égal de représentants de chaque sexe a été écartée en raison du fait que ce premier contact pouvait éventuellement mal tourné. Néanmoins ce contingent de femmes a été jugé par le Conseil suffisant pour montrer aux Chamacs que la femme a une place importante au sein de la Communauté.

    Manuel Brito briefe une dernière fois les hommes forts de cette délégation. Les consignes sont très strictes. Même si des lances et des barres de fer sont portées, elles doivent toutes être pointées vers le bas en signe de non-violence. Le comportement de chacun doit être sans équivoque et montrer des signes de calme et de paix. Ceux qui sont chargés de la sécurité doivent se tenir en arrière du groupe. Ce positionnement est certes risqué pour le groupe mais la force doit rester derrière la diplomatie. Cafu a enseigné depuis quelques jours les rudiments de sa langue à tous ceux qui feront partie du voyage. Le commandant Deschamps a un peu de mal avec la prononciation quelque peu gutturales de certains mots mais il devrait s’en sortir devant Mauro. Si ce dernier n’a pas décidé de le tuer dans les dix premières secondes.

     

    Sans faire trop de bruits, les trente délégués communautaires descendent de l’A399 et se mettent en route tout droit vers l’est. Arrivés au bord de la plaine, à l’endroit où Cafu avait été découvert, des troncs d’arbre évidés les attendent. Les Communautaires veulent arriver discrètement jusqu’au village des Chamacs. Pour se faire des canoës ont été construits pour traverser le fleuve. Il n’y a plus qu’à les faire descendre jusqu’au fleuve pour les mettre à l’eau. Le brouillard tenu qui sévit ce matin sera un complice parfait pour cette mission. Cafu sait que le fleuve est surveillé de l’autre côté, il est préférable de pouvoir traverser sans être vu.

    Il n’a pas plus depuis quelques jours et la pente est sèche. Les troncs sont aisément tirés sur les sentiers. Il a été décidé de rejoindre le fleuve un kilomètre en aval pour éviter que le courant ne rabatte tout le monde sur les soldats chamacs. Cafu n’était pas rassuré lorsqu’il a du retraverser le fleuve mais d’être blotti au milieu de cinq personnes dans un gros tronc l’apaisait un peu. J’ai failli mourir dans l’eau la première fois. Je me suis battu contre le fleuve. Mes amis l’ont maîtrisé facilement. Je peux affronter Mauro maintenant. Je vengerai ma mère.

    Les pagaies s’agitent doucement pour contrer le courant en faisant le moins de bruit possible. On ne voit pas à dix mètres devant soi. Au milieu du fleuve plus personne ne voit l’endroit où les Communautaires ont embarqué et on ne distingue pas encore le point de débarquement. Au fur et à mesure que la rive se dessine, c’est avec soulagement que l’équipée découvre que personne ne les attend de ce côté-ci du fleuve. Le canoë de Deschamps est le premier à toucher terre. Il se hisse difficilement sur la berge. Quelques minutes plus tard tous les communautaires ainsi que les embarcations ont franchi le fleuve et sont sur la terre ferme. Le brouillard commence à se dissiper et Cafu prend la tête du cortège pour guider tout le monde. Les rangs sont serrés, personne ne parle, tout le monde balaye du regard tout ce qui les entoure. Les visages sont crispés. Seul Henri Diomède a le sourire aux lèvres et regarde béatement devant lui. Il observe chaque centimètres carrés de ce nouveau territoire exploré. Soudain son regard se fixe. Il sort des rangs et s’arrête de marcher. Deschamps se retourne et donne l’ordre à toute la délégation de stopper.

    - Regardez ça Capitaine, dit le professeur. Extrêmement curieux n’est ce pas ?

    - En effet, répond Deschamps. Curieux. Ou inquiétant…

     

    Le commandant prend ce que Diomède tient dans sa main, il regarde vers le haut de la colline, dans la direction que Cafu a indiquée comme étant celle de son village. Luc Deschamps scrute ce bout de tissus. Du denim.

    - Quelqu’un porte un jean dans le coin, dit le Commandant. Vu dans quel état a débarqué Cafu il est évident que cela n’appartient à personne de sa tribu. Il y a donc au moins un homme n’étant pas né il y a dix mille ans qui est passé dans le secteur. Un passager de l’A399 dissident ? Quelqu’un venant d’ailleurs ? Nous avons intérêt à être très prudents. Resserrons les rangs et continuons à avancer.

     

    Cafu, se sentant proche de chez lui, hâte le pas et entraîne avec lui ses vingt neuf compagnons de marche. Deschamps serre les dents, prend un regard de plus en plus noir. A l’inverse Diomède a retrouvé ses jambes de vingt ans et si Brito ne lui tenait pas le bras, il serait cent mètres devant tout le monde en train de courir. Il n’en peut plus. Si près de cette rencontre exceptionnelle il n’a plus la mesure du danger. Au détour d’un chemin, une silhouette. Cafu l’a vu. Un Chamac. Qui ? Il ne l’a pas reconnu. L’inconnu s’est pressé de détaler en voyant cette troupe étrangère. Cafu se retourne vers Deschamps. Les bras ballants, la mine déconfite, il n’a pas besoin de mots pour exprimer son angoisse. Ils voulaient arriver par surprise, il y aura un comité d’accueil. Connaissant Mauro, Cafu est certain qu’on ne lui jettera pas des fleurs en entrant dans le village. Au mieux des silex aiguisés, au pire une armée sanguinaire.

    Le village chamac n’est plus qu’à cinq minutes de marche. A l’orée de la forêt, les Communautaires voient les huttes faites de cuir et de fourrure, quelques volailles marchant en liberté mais pas un seul homme. Le silence assourdissant glace le sang des trente délégués qui n’ose plus faire un pas. Même le professeur Deschamps reste immobile, il se contente de noter dans son esprit chaque détail de la disposition du village. Il n’ose pas encore sortir de son sac l’appareil photo numérique qu’il a emporté. Le vent s’est arrêté de souffler sur la plaine. Pas un bruit n’émane du village.

    - Nous ne sommes pas venus jusqu’ici pour repartir, dit Luc Deschamps. Nous savions que ça serait difficile et sûrement dangereux. Il faut prendre des risques pour avancer. J’espère juste que nous reviendrons tous vivants. Cafu devant, moi juste derrière et tout le monde à vingt mètres. On y va !

    Cafu avance. Doucement. Fébrilement. Deschamps dans sa trace parcourt du regard tout ce qui se trouve devant lui. Ils sont à cinquante mètres des premières cases. Le danger peut venir de partout. Il suggère à voix basse la plus grande prudence à Cafu. Mais contrairement à ses espérances Cafu lance un grand cri pour signaler sa présence. Son cri est aigu, alternatif, de plus en plus fort. Il recommence trois fois. A peine a t-il fini qu’une voix rauque et puissante lui répond. Ils sont là. Agressifs. Je n’y arriverai pas. Cafu stoppe net. Tout le monde derrière lui en fait de même. Deschamps le questionne du regard. Pas de réponses. Il l’incite à continuer. Puis au détour d’une hutte c’est le choc. Sur la place centrale du village tous les guerriers chamacs sont là. Mauro est derrière eux et les domine en ayant pris position sur un gros rocher. Personne ne bouge. Ni du côté chamac ni du côté communautaire. Si les regards pouvaient tuer, les Chamacs auraient déjà fait un massacre. Entre les deux camps gît un cadavre décharné.

    - Marini… murmure Deschamps. Et bien si je m’attendais à le voir ici ce poltron… et-si je m’attendais à le voir en jean en plus. Cafu ne bougez plus, faîtes un signe amical. Ca doit bien exister chez vous ce genre de truc non ? Le grand là-bas qui à l’air de rire uniquement quand on lui met des ronces dans le cul c’est votre chef ?

    -  Oui Commandant, répond Cafu. C’est Mauro.

    -  Je vois. Je comprends que tu te sois enfui Cafu. On dirait ma mère en moins sympa. Avec trente centimètres de plus et des pectoraux qui ressemblent à quelque chose. Je ne sais pas comment tu le sens toi mais franchement là on est dans la merde.

     

    Cafu tremble comme une feuille mais il trouve le courage de lever le bras pour saluer sa tribu. C’est le moment que choisit Dorado, en première ligne comme l’exigeait les consignes de Mauro, pour se jeter sur Cafu. Rempli de fierté depuis qu’il a combattu Marini il est en quête d’une nouvelle gloire. Cinquante mètres le séparent de celui qui a été jugé comme un traître par Mauro. La lance en avant, il court en poussant un hurlement bestial. Trente mètres. Cafu ne bouge pas, tétanisé par la peur. Il sait qu’il va mourir. Vingt mètres. Je ne vengerai pas ma mère. A quoi bon se défendre ? Il est plus puissant que moi. Dix mètres. J’ai eu la chance de connaître ceux qui viennent du futur.  Cinq mètres. Tant de choses encore à apprendre et la violence va tout détruire. Deux mètres. Je comprends pourquoi ceux du futur parlent des erreurs à ne plus recommencer.

    Cafu reste stoïque. Dorado arrive à pleine vitesse. Sa lance va transpercer Cafu dans moins d’une seconde. Cafu baisse son bras et le tend vers son futur meurtrier. Il ferme les yeux.

     

    42. BANG !

     

    Une détonation. Dorado recule et s’écroule. Cafu sursaute et ouvre les yeux. Il n’est pas mort. Lui non mais Dorado oui. Un trou dans le front du guerrier laisse échapper son sang. Paralysé par la peur Cafu reste dans la même position. Debout. Le bras droit plié. La main relevée. La paume tournée vers l’avant. Les Chamacs se sont tus. Deschamps pivote sur lui-même la bouche bée et les yeux grands ouverts. Il voit Brito, campé sur ses jambes, les bras tendus, un pistolet à la main. Une fois assuré que Dorado ne se relèvera pas et que la situation s’est calmée, Brito range son arme derrière lui dans son jean.

    - Brito ! Vous avez vu ce que vous avez fait ? J’avais donné des consignes il me semble, hurle Deschamps.

    - Commandant, je ne suis pas très au fait des coutumes chamaques mais à mon avis le grand balaise il n’allait pas faire la bise à Cafu, répond Brito. Vous croyiez vraiment que nous allions être accueilli partout à bras ouverts ? Vous avez vu ce qu’il reste de Marini ? Elle est bien belle l’utopie de la Communauté mais on est encore bien loin. Si vis pacem para bellum Commandant. Qui veut la paix prépare la guerre. Il était hors de question que nous partions dans des contrées inconnues peuplées de tribus sanguinaires juste avec notre bite et notre couteau. Je suis désolé Commandant, je tiens à ma peau et si vous voulez que notre communauté continue d’exister il faut, et il faudra sans doute encore, utiliser la force.  

    - Mais… mais… mais… mais merde ! D’où vous le sortez ce flingue ? Vous avez failli me tuer bordel !

    - Commandant, revenez sur Terre. Vous avez déjà oublié que vous étiez pilote de ligne dans votre vie d’avant ? On ne combat pas le terrorisme avec des cure-dents. Les équipes de sécurité sont armées dans les appareils. Dès notre atterrissage nous avons fait en sorte de soustraire toutes ces armes de la vue des passagers pour éviter toute violence éventuelle.

    - Bon, bon, vous avez bien fait, fait le Commandant d’un air penaud. Mais maintenant ça va être compliqué de faire croire que nous venons avec un état d’esprit amical. Deux minutes que nous sommes là et déjà un mort. Nous allons devenir les idoles de tous les futurs colonialistes.

    - Messieurs ! Regardez…, dit Cécile Muller.

     

    Un Chamac avance vers Cafu. Puis un deuxième. Un autre encore. Ils marchent doucement, calmement. Ils ne disent rien. Tels des zombies de série Z, un à un ils se détachent du groupe initial pour se diriger vers Cafu. Le premier arrivé se met à genoux et se prosterne devant le revenant. Le Chamac chante une sorte de cantique à la gloire de Cafu. Les Communautaires se rapprochent eux aussi de Cafu et se resserrent autour de lui tout en le laissant deux pas devant eux. La moitié du village est à présent aux pieds de celui qui était un paria il y a encore dix minutes. Mauro et le Sorcier sont sans réactions. Le Chef serre les mâchoires de plus en plus fort à chaque fois qu’un Chamac rejoint Cafu. Il sent son pouvoir s’effriter une nouvelle fois. Dorado avait conquis le peuple par la force, Cafu est devenu un dieu. Par deux fois Mauro s’est fait voler la vedette. Il sait que son trône vacille s’il ne réagit pas. Il se tourne vers le Sorcier. Ce dernier ne comprend pas ce qu’il se passe. Comment Cafu a-t-il pu tuer Dorado juste en dirigeant sa main vers lui ? Lui a-t-il jeté un sort ? Est il devenu un Dieu ? Qui sont les gens qui sont avec lui ? Toutes ces questions laissent le sorcier sans voix et plus que perplexe. Mauro pousse un grognement et balance une énorme claque sur le haut du crâne du sorcier. Il écarte ceux qui s’amassent devant lui et se dirige d’un pas décidé vers Cafu.

    En voyant arriver son Chef, Cafu ne regarde plus ceux qui sont à ses pieds. Il tremble comme une feuille. Mauro se fraye un chemin entre les adorateurs de Cafu. Il peste en donnant des coups de pieds à ceux qui se trouvent sur sa route. Les chants ne faiblissent pas pour autant. Le nom de Cafu a remplacé celui de Mauro dans les incantations. Le Chef le sait et se précipite sur Cafu. Voyant cela, Brito et quelques Communautaires parmi les plus gaillards s’interposent entre les deux Chamacs. Mauro s’arrête devant ces hommes plus grands que lui. Il n’a peur de personne. Il plonge son regard noir dans les yeux de ceux qui lui font face. Ca suffit généralement pour imposer sa loi face aux Chamacs.

     

    43. REVOLUTION

     

    Mauro tente de frapper Brito au visage mais celui-ci esquive parfaitement le coup. Le chef décide alors de briser le barrage humain dressé par les Communautaires devant Cafu mais la réaction des Chamacs est immédiate. Un essaim se forme autour de Mauro. En quelques secondes il est submergé par une marée humaine. Coups de pieds, coups de poing, coups de lances, Mauro subit la violence qu’il utilisait jusque là pour dominer son peuple. Les Communautaires ne s’interposent pas dans ce lynchage. Cafu a du mal à reprendre ses esprits depuis que Dorado s’est effondré à quelques centimètres de lui, mais il trouve néanmoins la force d’hurler tout ce qu’il peut. Il a compris que désormais le chef des Chamacs c’est lui. Sa tribu s’est agenouillée devant lui et elle a osé défier physiquement le puissant Mauro. Le pouvoir lui appartient désormais. Par ce cri sauvage il stoppe tous les siens et évite à Mauro une mort certaine. Il aimerait tuer de ses mains celui qui a massacré sa mère mais il a une autre idée en tête. Cafu ordonne d’enfermer Mauro dans la cage qui a servi de dernière demeure à l’infortuné Marini.

    La tension retombe au sein du village chamac. Le dialogue s’installe avec les Communautaires. Les rudiments linguistiques enseignés par Cafu à ses compagnons sont très utiles. Chacun s’observe avec beaucoup d’attention, on se touche, on palpe les vêtements, on se renifle. Les Chamacs invitent les étrangers à visiter leur village avec beaucoup de fierté. Pendant ce temps, le Sorcier s’éclipse discrètement, avec quelques comparses, trop heureux qu’en ce jour révolutionnaire les Chamacs aient oublié les liens très étroits qui existaient entre Mauro et lui. Le vent a tourné pour le Sorcier c’est l’heure de prendre la fuite.

     

    Le soir on attise un grand feu et tout le monde se retrouve à la belle étoile pour partager le fruit de la chasse du jour. A tour de rôle un Chamac et un Communautaire prend la parole pour conter une histoire, Cafu traduit pour que tout le monde comprenne et tout le monde s’applaudit. A force de mîmes, de sons et surtout grâce au breuvage artisanal servi par les hôtes le courant passe très bien entre les deux groupes. Au beau milieu de la nuit quand les corps épuisés ne suivent plus les esprits exaltés Cafu et Deschamps trouvent encore la force de faire le tour du village en marchant sous la Lune.

    - Cafu tu as été très sage tout à l’heure, dit le Commandant. Tu aurais pu laisser Mauro se faire tuer de sang froid.

     - Ce n’est rien. Vous m’avez appris ce qu’était la justice. Mauro a tué ma mère et je vais lui infliger la pire des sentences.

    - Je ne comprends pas Cafu. Tu vas le tuer ?

    - Non pire que ça Commandant. Je vais le pardonner. Mauro est un guerrier sanguinaire. Pour lui ne pas mourir exécuter sera terrible. Son orgueil et son amour propre seront blessés. Moi, Cafu, qui ne suis rien parmi les puissants, qui suis faible physiquement, j’aurais eu pitié de lui comme on aurait pitié de quelqu’un de trop faible. Comment dit Brito déjà ? Ah oui. On ne boxe pas dans la même catégorie. Par ce geste le faible ce sera lui et je serai le puissant. Et puis à quoi bon le tuer ? Cela ne me rendra pas ma mère. Je pense qu’elle aurait été fière de moi si elle m’avait vu prendre cette décision.

    - Et bien mon ami je ne sais pas si j’aurai été capable d’en faire autant. Je crois que tu feras un très bon chef pour les Chamacs.

     

    Le lendemain, au centre du village on organise une sorte de procès pour Mauro. Cafu fait ce qu’il avait prévu. Au terme d’un jugement long et houleux, l’ancien chef des Chamacs sous la protection des Communautaires est contraint à l’exil. Exactement comme Cafu l’avait prévu, Mauro n’est pas reconnaissant envers lui. Quand il quitte le village il se retourne une dernière fois en maudissant Cafu. Le nouveau chef des Chamacs sait qu’il faudra se méfier de Mauro car il sait de quoi il est capable. Après le départ de Mauro les Chamacs organisent à nouveau une fête endiablée. Les festivités durent trois jours pendant lesquels les échanges entre Communautaires et Chamacs furent intenses et fructueux.

    December 13

    Page 50

    42. BANG !

     

    Une détonation. Dorado recule et s’écroule. Cafu sursaute et ouvre les yeux. Il n’est pas mort. Lui non mais Dorado oui. Un trou dans le front du guerrier laisse échapper son sang. Paralysé par la peur Cafu reste dans la même position. Debout. Le bras droit plié. La main relevée. La paume tournée vers l’avant. Les Chamacs se sont tus. Deschamps pivote sur lui-même la bouche bée et les yeux grands ouverts. Il voit Brito, campé sur ses jambes, les bras tendus, un pistolet à la main. Une fois assuré que Dorado ne se relèvera pas et que la situation s’est calmée, Brito range son arme derrière lui dans son jean.

    - Brito ! Vous avez vu ce que vous avez fait ? J’avais donné des consignes il me semble, hurle Deschamps.

    - Commandant, je ne suis pas très au fait des coutumes chamaques mais à mon avis le grand balaise il n’allait pas faire la bise à Cafu, répond Brito. Vous croyiez vraiment que nous allions être accueilli partout à bras ouverts ? Vous avez vu ce qu’il reste de Marini ? Elle est bien belle l’utopie de la Communauté mais on est encore bien loin. Si vis pacem para bellum Commandant. Qui veut la paix prépare la guerre. Il était hors de question que nous partions dans des contrées inconnues peuplées de tribus sanguinaires juste avec notre bite et notre couteau. Je suis désolé Commandant, je tiens à ma peau et si vous voulez que notre communauté continue d’exister il faut, et il faudra sans doute encore, utiliser la force.   

    - Mais… mais… mais… mais merde ! D’où vous le sortez ce flingue ? Vous avez failli me tuer bordel !

    - Commandant, revenez sur Terre. Vous avez déjà oublié que vous étiez pilote de ligne dans votre vie d’avant ? On ne combat pas le terrorisme avec des cure-dents. Les équipes de sécurité sont armées dans les appareils. Dès notre atterrissage nous avons fait en sorte de soustraire toutes ces armes de la vue des passagers pour éviter toute violence éventuelle.

    - Bon, bon, vous avez bien fait, fait le Commandant d’un air penaud. Mais maintenant ça va être compliqué de faire croire que nous venons avec un état d’esprit amical. Deux minutes que nous sommes là et déjà un mort. Nous allons devenir les idoles de tous les futurs colonialistes.

    - Messieurs ! Regardez…, dit Cécile Muller.

     

    Un Chamac avance vers Cafu. Puis un deuxième. Un autre encore. Ils marchent doucement, calmement. Ils ne disent rien. Tels des zombies de série Z, un à un ils se détachent du groupe initial pour se diriger vers Cafu. Le premier arrivé se met à genoux et se prosterne devant le revenant. Le Chamac chante une sorte de cantique à la gloire de Cafu. Les Communautaires se rapprochent eux aussi de Cafu et se resserrent autour de lui tout en le laissant deux pas devant eux. La moitié du village est à présent aux pieds de celui qui était un paria il y a encore dix minutes. Mauro et le Sorcier sont sans réactions. Le Chef serre les mâchoires de plus en plus fort à chaque fois qu’un Chamac rejoint Cafu. Il sent son pouvoir s’effriter une nouvelle fois. Dorado avait conquis le peuple par la force, Cafu est devenu un dieu. Par deux fois Mauro s’est fait voler la vedette. Il sait que son trône vacille s’il ne réagit pas. Il se tourne vers le Sorcier. Ce dernier ne comprend pas ce qu’il se passe. Comment Cafu a-t-il pu tuer Dorado juste en dirigeant sa main vers lui ? Lui a-t-il jeté un sort ? Est il devenu un Dieu ? Qui sont les gens qui sont avec lui ? Toutes ces questions laissent le sorcier sans voix et plus que perplexe. Mauro pousse un grognement et balance une énorme claque sur le haut du crâne du sorcier. Il écarte ceux qui s’amassent devant lui et se dirige d’un pas décidé vers Cafu.

    En voyant arriver son Chef, Cafu ne regarde plus ceux qui sont à ses pieds. Il tremble comme une feuille. Mauro se fraye un chemin entre les adorateurs de Cafu. Il peste en donnant des coups de pieds à ceux qui se trouvent sur sa route. Les chants ne faiblissent pas pour autant. Le nom de Cafu a remplacé celui de Mauro dans les incantations. Le Chef le sait et se précipite sur Cafu. Voyant cela, Brito et quelques Communautaires parmi les plus gaillards s’interposent entre les deux Chamacs. Mauro s’arrête devant ces hommes plus grands que lui. Il n’a peur de personne. Il plonge son regard noir dans les yeux de ceux qui lui font face. Ca suffit généralement pour imposer sa loi face aux Chamacs.

     

    (...)

    December 01

    Page 49

    Luc Deschamps scrute ce bout de tissus. Du denim.

    - Quelqu’un porte un jean dans le coin, dit le Commandant. Vu dans quel état a débarqué Cafu il est évident que cela n’appartient à personne de sa tribu. Il y a donc au moins un homme n’étant pas né il y a dix mille ans qui est passé dans le secteur. Un passager de l’A399 dissident ? Quelqu’un venant d’ailleurs ? Nous avons intérêt à être très prudents. Resserrons les rangs et continuons à avancer.

     

    Cafu, se sentant proche de chez lui, hâte le pas et entraîne avec lui ses vingt neuf compagnons de marche. Deschamps serre les dents, prend un regard de plus en plus noir. A l’inverse Diomède a retrouvé ses jambes de vingt ans et si Brito ne lui tenait pas le bras, il serait cent mètres devant tout le monde en train de courir. Il n’en peut plus. Si près de cette rencontre exceptionnelle il n’a plus la mesure du danger. Au détour d’un chemin, une silhouette. Cafu l’a vu. Un Chamac. Qui ? Il ne l’a pas reconnu. L’inconnu s’est pressé de détaler en voyant cette troupe étrangère. Cafu se retourne vers Deschamps. Les bras ballants, la mine déconfite, il n’a pas besoin de mots pour exprimer son angoisse. Ils voulaient arriver par surprise, il y aura un comité d’accueil. Connaissant Mauro, Cafu est certain qu’on ne lui jettera pas des fleurs en entrant dans le village. Au mieux des silex aiguisés, au pire une armée sanguinaire.

    Le village chamac n’est plus qu’à cinq minutes de marche. A l’orée de la forêt, les Communautaires voient les huttes faites de cuir et de fourrure, quelques volailles marchant en liberté mais pas un seul homme. Le silence assourdissant glace le sang des trente délégués qui n’ose plus faire un pas. Même le professeur Deschamps reste immobile, il se contente de noter dans son esprit chaque détail de la disposition du village. Il n’ose pas encore sortir de son sac l’appareil photo numérique qu’il a emporté. Le vent s’est arrêté de souffler sur la plaine. Pas un bruit n’émane du village.

    - Nous ne sommes pas venus jusqu’ici pour repartir, dit Luc Deschamps. Nous savions que ça serait difficile et sûrement dangereux. Il faut prendre des risques pour avancer. J’espère juste que nous reviendrons tous vivants. Cafu devant, moi juste derrière et tout le monde à vingt mètres. On y va !

    Cafu avance. Doucement. Fébrilement. Deschamps dans sa trace parcourt du regard tout ce qui se trouve devant lui. Ils sont à cinquante mètres des premières cases. Le danger peut venir de partout. Il suggère à voix basse la plus grande prudence à Cafu. Mais contrairement à ses espérances Cafu lance un grand cri pour signaler sa présence. Son cri est aigu, alternatif, de plus en plus fort. Il recommence trois fois. A peine a t-il fini qu’une voix rauque et puissante lui répond. Ils sont là. Agressifs. Je n’y arriverai pas. Cafu stoppe net. Tout le monde derrière lui en fait de même. Deschamps le questionne du regard. Pas de réponses. Il l’incite à continuer. Puis au détour d’une hutte c’est le choc. Sur la place centrale du village tous les guerriers chamacs sont là. Mauro est derrière eux et les domine en ayant pris position sur un gros rocher. Personne ne bouge. Ni du côté chamac ni du côté communautaire. Si les regards pouvaient tuer, les Chamacs auraient déjà fait un massacre. Entre les deux camps gît un cadavre décharné.

    - Marini… murmure Deschamps. Et bien si je m’attendais à le voir ici ce poltron… et-si je m’attendais à le voir en jean en plus. Cafu ne bougez plus, faîtes un signe amical. Ca doit bien exister chez vous ce genre de truc non ? Le grand là-bas qui à l’air de rire uniquement quand on lui met des ronces dans le cul c’est votre chef ?

    -  Oui Commandant, répond Cafu. C’est Mauro.

    -  Je vois. Je comprends que tu te sois enfui Cafu. On dirait ma mère en moins sympa. Avec trente centimètres de plus et des pectoraux qui ressemblent à quelque chose. Je ne sais pas comment tu le sens toi mais franchement là on est dans la merde.

     

    Cafu tremble comme une feuille mais il trouve le courage de lever le bras pour saluer sa tribu. C’est le moment que choisit Dorado, en première ligne comme l’exigeait les consignes de Mauro, pour se jeter sur Cafu. Rempli de fierté depuis qu’il a combattu Marini il est en quête d’une nouvelle gloire. Cinquante mètres le séparent de celui qui a été jugé comme un traître par Mauro. La lance en avant, il court en poussant un hurlement bestial. Trente mètres. Cafu ne bouge pas, tétanisé par la peur. Il sait qu’il va mourir. Vingt mètres. Je ne vengerai pas ma mère. A quoi bon se défendre ? Il est plus puissant que moi. Dix mètres. J’ai eu la chance de connaître ceux qui viennent du futur.  Cinq mètres. Tant de choses encore à apprendre et la violence va tout détruire. Deux mètres. Je comprends pourquoi ceux du futur parlent des erreurs à ne plus recommencer.

    Cafu reste stoïque. Dorado arrive à pleine vitesse. Sa lance va transpercer Cafu dans moins d’une seconde. Cafu baisse son bras et le tend vers son futur meurtrier. Il ferme les yeux.
    November 24

    Page 48

    41. DEPART

     

    Le jour ne s’est pas encore levé et la délégation est prête à partir. Cafu a indiqué au professeur Diomède sur une carte l’endroit où, en principe, se trouve son village. Diomède est très excité et impatient de rencontrer les Chamacs. Il va pouvoir étudier une nouvelle population, son mode de vie, ses rites, ses outils et même s’il a déjà pratiqué un prélèvement d’ADN sur Cafu il voudrait bien compléter son étude en récupérant d’autres échantillons. Luc Deschamps n’est pas aussi pressé que le vieil homme. Il sait que la Communauté prend un risque en se faisant connaître aux tribus des environs. Mais après plusieurs moi restée dans son cocon de métal, la Communauté doit maintenant se mouvoir et tenter de changer l’histoire. Ayant écouté Cafu présenter son peuple, Deschamps a décidé d’emmener vingt hommes et dix femmes avec lui. L’idée d’un nombre égal de représentants de chaque sexe a été écartée en raison du fait que ce premier contact pouvait éventuellement mal tourné. Néanmoins ce contingent de femmes a été jugé par le Conseil suffisant pour montrer aux Chamacs que la femme a une place importante au sein de la Communauté.

    Manuel Brito briefe une dernière fois les hommes forts de cette délégation. Les consignes sont très strictes. Même si des lances et des barres de fer sont portées, elles doivent toutes être pointées vers le bas en signe de non-violence. Le comportement de chacun doit être sans équivoque et montrer des signes de calme et de paix. Ceux qui sont chargés de la sécurité doivent se tenir en arrière du groupe. Ce positionnement est certes risqué pour le groupe mais la force doit rester derrière la diplomatie. Cafu a enseigné depuis quelques jours les rudiments de sa langue à tous ceux qui feront partie du voyage. Le commandant Deschamps a un peu de mal avec la prononciation quelque peu gutturales de certains mots mais il devrait s’en sortir devant Mauro. Si ce dernier n’a pas décidé de le tuer dans les dix premières secondes.

     

    Sans faire trop de bruits, les trente délégués communautaires descendent de l’A399 et se mettent en route tout droit vers l’est. Arrivés au bord de la plaine, à l’endroit où Cafu avait été découvert, des troncs d’arbre évidés les attendent. Les Communautaires veulent arriver discrètement jusqu’au village des Chamacs. Pour se faire des canoës ont été construits pour traverser le fleuve. Il n’y a plus qu’à les faire descendre jusqu’au fleuve pour les mettre à l’eau. Le brouillard tenu qui sévit ce matin sera un complice parfait pour cette mission. Cafu sait que le fleuve est surveillé de l’autre côté, il est préférable de pouvoir traverser sans être vu.

    Il n’a pas plus depuis quelques jours et la pente est sèche. Les troncs sont aisément tirés sur les sentiers. Il a été décidé de rejoindre le fleuve un kilomètre en aval pour éviter que le courant ne rabatte tout le monde sur les soldats chamacs. Cafu n’était pas rassuré lorsqu’il a du retraverser le fleuve mais d’être blotti au milieu de cinq personnes dans un gros tronc l’apaisait un peu. J’ai failli mourir dans l’eau la première fois. Je me suis battu contre le fleuve. Mes amis l’ont maîtrisé facilement. Je peux affronter Mauro maintenant. Je vengerai ma mère.

    Les pagaies s’agitent doucement pour contrer le courant en faisant le moins de bruit possible. On ne voit pas à dix mètres devant soi. Au milieu du fleuve plus personne ne voit l’endroit où les Communautaires ont embarqué et on ne distingue pas encore le point de débarquement. Au fur et à mesure que la rive se dessine, c’est avec soulagement que l’équipée découvre que personne ne les attend de ce côté-ci du fleuve. Le canoë de Deschamps est le premier à toucher terre. Il se hisse difficilement sur la berge. Quelques minutes plus tard tous les communautaires ainsi que les embarcations ont franchi le fleuve et sont sur la terre ferme. Le brouillard commence à se dissiper et Cafu prend la tête du cortège pour guider tout le monde. Les rangs sont serrés, personne ne parle, tout le monde balaye du regard tout ce qui les entoure. Les visages sont crispés. Seul Henri Diomède a le sourire aux lèvres et regarde béatement devant lui. Il observe chaque centimètres carrés de ce nouveau territoire exploré. Soudain son regard se fixe. Il sort des rangs et s’arrête de marcher. Deschamps se retourne et donne l’ordre à toute la délégation de stopper.

    - Regardez ça Capitaine, dit le professeur. Extrêmement curieux n’est ce pas ?

    - En effet, répond Deschamps. Curieux. Ou inquiétant…

     

    Le commandant prend ce que Diomède tient dans sa main, il regarde vers le haut de la colline, dans la direction que Cafu a indiquée comme étant celle de son village.

     

    (...)

    November 16

    Page 47

     40. DANS LA FORÊT

     

    Un homme est devant un arbre. A l’aide d’une branche il dessine des formes cabalistiques sur le sol. Il psalmodie un refrain plusieurs fois. Puis il s’arrête, regarde le ciel, écarte ses bras, les lèvent et s’agenouille. Face contre le sol, il prie. Quelques minutes plus tard, il se relève et se dirige vers le chêne. Il plonge sa main dans un trou du tronc et en ressort une figurine qu’il a modelé dans de la glaise. Aucun dessin ne vient orner cette idole. Elle est ronde, lisse, parfaite.

     

    - Monsieur Moore, qu’est ce que vous faîtes ? demande Cécile Muller en avançant vers lui.

    - Rien… Je… cherchais des fruits…, balbutie Moore.

    - Vous mangez des glands maintenant ? Ca fait quelques minutes que je vous observe. Il ne m’a pas semblé que vous étiez en pleine cueillette. Ou alors vous avez une technique bien à vous. J’ai entendu vos prières. Je ne vous juge pas Monsieur Moore. On a beaucoup débattu de religion au sein de la Communauté. Elle a été néfaste pour l’Humanité tout au long de son histoire. Pour cette seconde chance nous devons mettre tous les atouts de notre côté et progresser. Combien de guerres, de croisades, de massacres, de génocides ont été commis au nom d’un dieu ?  

    - Je sais mais Il nous protège j’en suis sûr. Comment expliquez vous cette situation si étrange ? Et pourquoi la Communauté est épargnée ? Aucune tribu n’est venue près de nous à part Cafu. Il doit être envoyé par Lui. Nous sommes le peuple élu. Je Le prie pour qu’il continue de nous protéger. Et puis…

    - Et puis ?

    - Je L’ai vu. Il m’est apparu. Il m’a parlé.

    - Pardon ? Qu’est ce que c’est que ces histoire Monsieur Moore.

    - Une nuit j’ai eu un songe. J’ai vu cet arbre, une grande lumière vive l’illuminait et une voix me disait de LE vénérer pour qu’Il nous protège.

    - Monsieur Moore… Je comprends que de vous retrouver dans un endroit hostile au néolithique puisse vous causer quelques tourments. On a tous plus ou moins peur de ce qui pourrait nous arriver. Nous vivons dans un monde qui n’est pas le notre. Nous sommes dans l’inconnu. Mais un rêve n’est pas la réalité. Votre cerveau se libère la nuit et toutes sortes de pensées viennent s’entrechoquer dans votre tête. La société dans laquelle nous vivions avant ce vol nous a conditionnés d’une certaine façon. Vous avez sans doute besoin de croire en un être supérieur pour vous rassurer, mais aussi pour vous déculpabiliser. Puisque il y a quelqu’un de supérieur à moi je ne suis pas responsable. Non monsieur Moore, l’Homme est responsable de ce qui lui arrive. La seule chose qui soit supérieure à l’Homme c’est la Nature. Nous ne pouvons rien faire contre les éléments. Quand un déluge survient ce n’est pas la faute de quiconque, ça devait arriver c’est tout. Ni voyez pas une main divine pour nous punir de quoi que ce soit. De toutes façon un quelconque dieu justicier et moralisateur serait bien inutile, les hommes arrivent à se punir tout seul. En se massacrant ou en salissant notre planète qui leur a bien rendu d’ailleurs. La Terre était là avant nous et j’espère bien qu’elle le sera après.

    - Mais Il nous a créé, Il est tout puissant !

    - Moi je dirai plutôt que c’est nous qui l’avons créés. Et puis comment se fait-il que toutes les grandes civilisations (et imaginez celles dont on n’a jamais rien su faute de trace) ait des mythologies différentes ? Polythéisme, Monothéisme, Trinité ? Qui a raison ? Quelqu’un a raison ? Moi-même à me proclamer athée ai-je raison ? Je devrais être agnostique mais désolé je n’y arrive pas. Je sais juste que la religion est un des pires désastres. Et puis nous allons rencontrer des peuples qui ont des croyances différentes, il ne faut en aucun cas que l’affrontement se fasse à cause de ça. Notre science largement en avance, quel doux euphémisme, par rapport aux autres Terriens devrait pouvoir dégoupiller cette bombe qui menace l’Humanité.

    - Mais Mademoiselle Muller, je crois en Dieu, c’est en moi. La science est une chose incontestable je le reconnais, mais il reste des grandes questions que nous n’avons pas encore été en mesure de répondre. Rien que ce bond en arrière que nous avons effectué dans cet avion a quelque chose de mystique je trouve. Vous ne croyez pas ?

    - En effet je ne me l’explique pas. Ecoutez Monsieur Moore, croyez en ce que vous voulez, venez lécher les racines de ce chêne autant que vous voulez, priez qui vous voulez mais ne vous avisez pas à contaminer la Communauté en montant votre secte.

    - Une secte ? Mais voyons croire en Dieu c’est une religion !

    - Les religions ne sont que des sectes qui ont réussi Monsieur Moore. Ce n’est pas plus incroyable d’avoir un Dieu créateur que d’annoncer l’arrivée des petits hommes verts pour nous emmener sur une autre planète. On a prouvé ni l’existence de Dieu ni celle des extra-terrestres. Vous pensez que les gourous de ces sectes excentriques ne sont que des gens attirés par le fric et qui veulent manipuler les gens à leurs profits. Posez vous la même questions au sujet de ceux qui dirigeaient les grandes religions juste avant notre arrivée ici. Alors Monsieur Moore je vous le répète tant que votre croyance reste individuelle et ne veut s’imposer sous aucune forme comme étant LA réalité je n’y vois aucun inconvénient mais si votre croyance devient dangereuse pour l’équilibre de la Communauté ça va poser problème.

    - Mademoiselle Muller vous n’êtes pas aussi sympathique que vous en aviez l’air, maugrée Moore.

    - Effectivement Monsieur Moore. Mais si votre mère avait explosé en plein vol à cause de fanatiques religieux vous auriez peut être une autre idée de la religion ! Et puis pensez à toutes ces femmes qui ont subit les pires horreurs à cause des religions. Pas une croyance pour relever l’autre. Toujours brimées, oppressées, martyrisées, rabaissées. Les femmes ont enfin une chance de remettre les comptes à zéro et de ne pas se laisser avoir une deuxième fois. Vous pensez bien que nous n’allons pas laisser passer l’occasion.

     

    Moore baisse la tête, repose son idole dans le tronc et retourne dépité vers l’A 399. Il suit à distance Cécile Muller qui ouvre la marche. Quand ils approchent de la lisière de la forêt, elle se retourne vers lui et lui fait son plus doux regard.

    Vous savez Monsieur Moore, je ne vous en veux pas à vous particulièrement. Chacun est libre de se tromper. Tant que ça ne nuit pas à l’intérêt collectif. Je vous demande juste de garder vos convictions pour vous-même. Gardez ce qu’il y a de meilleur dans la religion. Il n’y a pas que du mauvais je l’admets volontiers. Ce sont seulement les institutions religieuses que je méprise.
    October 19

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    38. NUIT.

     

    Il dort à poing fermés, recroquevillé sous deux peaux de bêtes. C’est la première fois qu’il trouvait facilement le sommeil, sa blessure à la cuisse le faisait moins souffrir. Il ne l’avait pas entendu rentrer. Pourtant dans sa cage il n’était plus seul. Elle est là, devant lui, un petit pot dans la main droite. Elle s’approche de lui doucement. Délicatement elle écarte ce qui sert de couverture à Marini et applique doucement le liquide verdâtre contenu dans le récipient sur la plaie. Les gestes sont doux, précis, elle effleure de ses doigts la peau du prisonnier. Marini se réveille doucement et sentant qu’on lui prodigue des caresses sur sa jambe se demande s’il n’est pas en train de rêver. Soudain il ouvre grand les yeux et rétracte aussitôt sa jambe. La jeune Chamac sursaute légèrement vers l’arrière. D’un regard apaisant, Marini fait comprendre à son infirmière qu’elle n’a rien à craindre et qu’elle peut reprendre ses soins.

     

    Il ne la quitte pas des yeux, elle n’ose pas le regarder. Elle continue d’appliquer cette pommade avec précaution. Marini est fascinée par cette inconnue qui s’occupe de lui depuis quelques jours. Ils n’ont échangé aucun mot, de toutes façons ils ne se comprendraient pas, juste quelques regards. Froids la plupart du temps. Cette jeune femme était bienveillante mais froide. Mais cette nuit c’est différent. Peut être est-ce un effet de cette pommade ou l’atmosphère particulière à la nuit. Les yeux de Marini restent fixés sur le visage de la Chamac. Elle reste concentrée sur ce qu’elle fait. Marini insiste mais n’esquisse aucun mouvement. Enfin la jeune Chamac ose lever la tête. Ses mains se figent lorsque elle se rend compte de l’attitude de Marini. Les deux êtres restent immobiles quelques secondes. Marini bouge doucement son bras droit et écarte doucement les cheveux qui masquaient la joue gauche de son infirmière. La peur et l’attirance viennent se mêler dans l’esprit de la Chamac. Marini n’a jamais vraiment eu de succès avec les femmes, mais plusieurs mois passés dans la forêt, et la frustration que cela engendre, ont fait qu’il déborde d’énergie pour tenter de séduire une femme, même une Chamac.

    Marini approche doucement son visage de celui de la jeune femme. Arrivé à quelques centimètres, il remarque avec une certaine surprise que son odeur est agréable. Sans doute s’est elle ointe d’une décoction à base de fleurs. Il ferme les yeux et l’embrasse délicatement sur la joue. Ce contact épidermique réveille en lui des sensations oubliées. Il attrape son visage à pleines mains et plaque ses lèvres contre celle de la jeune femme. D’abord presque rétive, la Chamac se détend peu à peu et finit par rendre ce baiser à Marini. Il lâche son visage sans quitter ses lèvres et passe ses mains sous la tunique de son infirmière. Il lui parcourt le dos, les hanches, ses gestes sont rapides, trop rapides. Il sent que la Chamac se tend et se débat un peu. Il ralentit ses gestes, il ne pétrit plus, il caresse. Ses mains se font douces et effleurent les cuisses de la demoiselle. Les baisers sont de plus en plus passionnés. Marini prend la tunique de la jeune femme et l’enlève délicatement. Elle cache immédiatement son corps à l’aide de ses bras. Marini se déshabille également et invite la Chamac à le rejoindre sous les peaux de bêtes. Dissimulée sous les couvertures La jeune femme se détend et ne se refuse pas quand Marini vient se coller à elle. Il la serre dans ses bras et inonde son cou et ses épaules de baisers. Puis il la bascule sur le dos tout en la regardant fixement. La Chamac n’a plus peur, elle se sent bien avec cet étranger. Marini se met au dessus d’elle et la pénètre doucement. A ce moment là il oublie tout. L’atterrissage forcé, la vie en communauté, Diego Armando, sa capture, la cage sont mis de côté.

     

    Après quelques minutes, un râle rauque déchire le silence dans le village. Marini, vidé, est comblé. La Chamac vient se blottir contre lui. Ils restent tous les deux un long moment enlacés dans cette cage sombre. Plusieurs fois dans la nuit leur corps se mêleront à nouveau et à chaque fois ils y trouveront davantage de plaisir.  Marini s’enivre du doux parfum de cette inconnue avec qui il n’a toujours pas encore échangé un seul mot. Il s’endort profondément. Sa blessure à la cuisse ne se fait plu du tout ressentir. Juste une cicatrice longue de quelques centimètres lui rappellera à jamais cette nuit magique qu’il a passé avec un Chamac.

     

    Le lendemain matin lorsque il se réveille il cherche du regard son infirmière. Disparue. A-t-il rêvé ? Etait ce la réalité ? Il s’aperçoit qu’il est nu. Il ne fait plus sombre. La cage est ouverte en un endroit. Juste devant la sortie il y a une lance. Aucun bruit autour de lui. D’habitude il est toujours réveillé par l’activité matinale du village. Aujourd’hui rien. Juste quelques corbeaux viennent troubler ce silence. Il se lève et ramasse la lance.    
    October 10

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    Jean-Pierre Marini erre dans cette forêt. Ses vêtements sont déchirés et une entaille à la cuisse laisse échapper un peu de sang. Cela fait plusieurs heures qu’il est à la recherche de son chemin. Parti chasser en début de matinée, il s’est retrouvé à fuir un sanglier dont il avait croisé la route. Durant sa course une branche est venue s’enfoncer dans sa chair, depuis il boîte péniblement et crie de temps en temps pour se faire localiser par ses compagnons de chasse. Marini a faim mais n’ose plus s’attaquer au moindre animal. Une lueur d’espoir s’est allumée quand il a senti une odeur de viande grillée. Enfin il avait retrouvé la route du campement.

    - Monsieur Armando ! Monsieur Armando ! C’est moi … Marini ! Je suis blessé…

     

    Les Chamacs se couchent au sol derrière un buisson. Ils ne bougent plus d’une oreille. La forêt s’est tue.

     

    Marini continue d’avancer lentement. Ce qu’il voit ne le rassure pas du tout. Certes le fleuve est là mais ça ne ressemble pas du tout à l’endroit ou nous bivouaquons. Que faire remonter ou descendre le courant ? J’ai faim. Il commence à faire froid. Pourquoi je suis parti de la communauté ? J’ai peur. J’ai toujours peur. Ce n’est pas mon monde ici. J’étais si bien dans mon confort bourgeois. J’ai grandi sur de la moquette épaisse, pas sur des chemins boueux. Monsieur Armando m’avait promis monts et merveilles et me voilà perdu dans cette satanée forêt, la jambe en sang à cause de ce maudit sanglier. Il faut que je retrouve le chemin du campem…

     

    Les Chamacs se sont dressés d’un coup et ont sauté sur leur proie. Ils l’assomment de coups à la tête. Ils trouvent un tronc assez solide pour y attacher leur victime par les membres. La traversée du fleuve est chaotique du fait qu’ils aient une lourde charge à transporter. Cette capture les a rendu très confiant. Ils décident alors de prendre les routes à découvert. Grâce à cela ils ne mettent qu’une journée de marche pour rentrer dans leur village. A leur arrivée Mauro en personne va au devant d’eux et les félicite. Cette soudaine bienveillance les surprend un peu et il faudra quelques minutes pour que les dix soldats soient totalement détendus. On dépose le tronc d’arbre avec son chargement dans une cage surveillée par deux soldats. Toute la population du village accourt pour voir ce que la troupe a ramené de sa mission. Aucun Chamac n’avait encore vu une chose pareille. Celui qui est devant eux ne ressemble à aucun peuple qu’ils avaient déjà rencontré. Ses habits sont très différents des leurs. Il est plus grand qu’eux, sa peau un peu plus claire, ses pieds sont cachés dans une espèce de coque souple.

     

    - Laissez moi sortir d’ici, vous n’avez pas le droit de me retenir enfermé comme ça, s’emporte Marini. Et puis arrêtez de me regarder comme une bête curieuse. Qui êtes-vous bande de sauvages ?

    Les Chamacs se reculent devant les cris de leur prisonnier. Ce langage leur est totalement étranger. Les soldats pointent leur lance devant Marini, il y en a même un qui tente de le toucher au travers des barreaux. Marini arrive à esquiver cette attaque et se recroqueville au fond de sa cage. Mauro s’interpose, ordonne à ses soldats de le laisser tranquille et fait recouvrir la geôle de peaux de bêtes.

     

    Pendant quelques jours Marini reste dans sa cage et reçoit de temps en temps la visite d’une jeune Chamac qui vient lui donner à boire, à manger et lui applique quelques feuilles sur sa plaie. Elle ne parle pas, ils ne font qu’échanger des regards. Marini est troublé par cette jeune femme qui s’occupe de lui très amicalement. Il ne comprend pas pourquoi ses ravisseurs mettent autant de soin à le nourrir et le guérir. Pourquoi m’ont-ils capturé ? Je ne vois rien de ce qui se passe dehors. J’ai à manger, à boire, le petite me soigne mais pourquoi ? Ils ne veulent pas me tuer c’est certain sinon ils ne se donneraient pas autant de mal avec moi. C’est déjà ça. J’ai peur. Je sais qu’il se passe des choses dehors. J’entends qu’on fait des travaux autour de la cage. Qu’est ce qu’il se passe ici ? Je veux me réveiller et retourner dans mon appartement cossu du seizième arrondissement.

     

    Le silence se fait dans le village Chamac. Marini, allongé par terre, se roule en boule sous la peau de bête que la jeune femme lui a amené et s’endort. Dans une hutte un peu plus loin, Mauro et le Sorcier reçoivent un soldat. Une vraie force de la nature. C’est le seul qui pourrait rivaliser au combat avec son chef. Quatre-vingt kilos de muscles destinés à servir son peuple. Il a participé à toutes les campagnes militaires de ces trois dernières années, exceptée la déroute contre les Broline. Ce soir il mange avec son glorieux chef et demain ce sera son jour de gloire.
    October 04

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    37. TRAQUE

     

    Dix Chamac progressent à travers la forêt. La méfiance est de mise car la dernière expédition fut celle chez les Broline. Et chaque soldat Chamac a encore en lui la vision de ses corps mutilés à l’extrême. Pourtant Mauro n’a pas envoyé ses meilleurs hommes. Il a gardé ses trois guerriers les plus valeureux et les plus costauds auprès de lui. Ces trois privilégiés ont le droit à toute la nourriture qu’ils désirent et toute la tribu est aux petits soins pour eux. Leur mission sera de terrasser les futurs prisonniers.

    La troupe évite tous les sentiers ou les passages à découvert. Ils ne se sentent toujours pas prêts à affronter des étrangers. Mais à force de s’écarter des chemins connus, les dix soldats ne sont pas partis dans la direction de leur dernière victoire militaire. Après trois jours de marche les voilà près d’un grand cours d’eau. Ils ont faim et il est grand temps de chasser du gibier. Par chance quatre biches passent à moins de cinquante mètre d’eux. Ne plus bouger, ne plus parler, quasiment ne plus respirer. Mais leur odeur trahit les Chamac, et les bêtes ont senti leurs prédateurs. Les biches se dispersent et les Chamac jettent leur dévolu sur celle qui semble être la plus lente. Les guerriers jettent leur lance en direction de l’animal. Avec vivacité, la biche en évite huit, la neuvième frappe le flanc de la bête mais ne s’y fichera pas, la dernière enfin se plante un instant dans son dos. L’animal blessé continue de courir, il sait que s’il s’arrête tout est fini. Apres quelques soubresauts, la lance se détache et laisse échapper un filet de sang.

    Les soldats ont ramassé leurs lances et continuent de courir après leur proie. On tente de former un cercle autour de la biche, mais la bête est trop rapide malgré sa blessure. La battue s’organise et il n’y a plus qu’une seule solution pour fuir : le fleuve. L’animal se jette désespérément  dans l’eau pour échapper aux Chamacs. Les chasseurs pestent contre la témérité de cette biche qui les prive sans doute d’un bon dîner. Alors qu’ils allaient tourner les talons pour se mettre en quête d’une autre proie, ils voient la biche s’immobiliser dans l’eau et quasiment marcher sur les flots. D’un pas hésitant, elle avance au milieu du fleuve et atteint l’autre rive au bout de quelques instants. Les soldats n’en croient pas leurs yeux et commencent à invoquer les Dieux. Il y en a pourtant un, qui devait avoir encore plus faim que les autres, qui s’approche de l’endroit où la biche s’est jetée dans l’eau. Il remarque que le fond de l’eau est visible. Prudemment il descend dans la rivière. Les autres se sont tus et regarde leur compagnon rester immobile dans l’eau.

    Il avance doucement, prenant de longues secondes entre chaque pas. De sa lance il sonde le sol pour savoir où poser les pieds. L’eau est froide mais la faim le tiraille. Seul la viande de cette biche pourra l’apaiser. Il affronte sa peur de l’eau, il contient le courant, il plante solidement sa lance pour assurer son prochain pas. La panique a cédé la place à l’encouragement chez ses compagnons d’expédition. Du bord de la rive les cris fusent pour l’aider à franchir les derniers mètres qu’il reste à traverser. Des poissons surpris de cette présence humaine viennent s’aventurer entre ses jambes. Il ne les remarque même pas. Il tend son bras le plus loin qu’il peut pour tenter d’attraper cette racine qui sort de terre. Encore deux pas à faire. Un pas. Ca y’est. Il agrippe la racine et parvient à monter sur le rivage. Il se retourne, fait de grands signes et lance de grands cris à l’intention des ses compagnons. Il les invite à le rejoindre pour chercher cette fameuse biche. Des traces de sang sont visibles sur le sol, elle ne doit pas être bien loin.

     

    Les neuf autres soldats entament eux aussi la traversée. Ils se suivent en file indienne et malgré quelques chutes dans l’eau tout le monde arrive à bon port. De brèves étreintes célèbrent  les retrouvailles. Les soldats se remettent immédiatement à la recherche de la biche et suivent les traces de sang. Moins de vingt minutes plus tard, la bête vacille devant eux, quasiment vidée de son sang. Pour la forme les Chamac lui jettent tout ce qu’ils trouvent sous la main pour une lapidation en règle. Quand ils ont la certitude que la biche ne bougera plus, ils s’approchent pour découper en quartiers de viande la pauvre bête. Le repas est copieux et les guerriers peuvent maintenant savourer cette fin de journée qui les a vu franchir un fleuve. Ils sont assis contre des arbres et profitent du silence accompagnant la tombée de la nuit. On entend seulement quelques hiboux et des grenouilles barbotant dans le fleuve. Le craquement d’une branche met fin à ce concert bucolique.  
     
    (...)
    September 19

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    36. DISCOURS

     

    Le Commandant Luc Deschamps fait face à la Communauté. Près de lui se tient le Conseil communautaire. La nouvelle du départ d’une centaine de personnes s’est répandue comme une traînée de poudre. La surprise et l’inquiétude se sont mêlées dans chaque esprit depuis le réveil. Apparemment rien ou presque n’avait filtré de ce projet de scission. La solidarité et l’entraide avaient toujours prévalu sur toutes considérations depuis l’atterrissage de l’A399 et voilà qu’aujourd’hui une partie d’entre eux avait choisi de les fuir.

    - Mesdames et messieurs, commence Luc Deschamps, comme vous le savez sans doute, cent onze Communautaires nous ont quitté sans prévenir cette nuit. Ils ont emportés presque tout notre stock de nourriture et quelques outils. Même si nous n’en avons pas encore la preuve, il y a fort à parier que Diego Armando ait pris la tête de ce mouvement. Bien que ce départ soit handicapant pour la Communauté sur le plan matériel et humain nous ne devons pas considérer les fuyards comme des ennemis potentiels. Ils ont fait un choix. Nous tous ici présents en avons fait un autre. Néanmoins cette situation apporte un nouveau problème. La Communauté n’est plus isolée. Diego Armando sait où nous nous trouvons et nous connaissons tous sa personnalité. Nous pouvons craindre un retour musclé de sa part. Tant qu’il n’a pas agi de la sorte, je vous le répète, il n’est pas notre ennemi. La Communauté ne donnera jamais le premier coup mais fera toujours en sorte de ne pas prendre le deuxième. Nous devons donc renforcer nos défenses, nous développer encore et toujours et nous allons tenter de rentrer en contact avec d’autres tribus pour mettre en place des alliances. Très rapidement nous allons mettre sur pied un détachement diplomatique pour aller dans la tribu de Cafu…  

     

    En entendant cela Cafu se fige et tourne lentement la tête vers le Commandant. Il a peur d’avoir compris. Ils veulent aller chez moi ? Je n’y suis pas retourné depuis des mois. Mauro doit sûrement toujours vouloir me tuer. Je n’ai jamais parlé de mon histoire à ma nouvelle tribu. Suis-je prêt à retourner chez les Chamac ? Suis-je prêt à affronter Mauro ? Pourtant je dois venger les miens. Le regard de Cafu devient complètement vide. Devant lui repassent les images de sa vie auprès de sa famille, dans sa tribu. A force de vivre ici dans la Communauté, il a appris à vivre différemment, a découvert d’autres coutumes, il commence même à parler un autre langage. Il en avait presque oublié sa vie d’avant. Et voilà que le Commandant Deschamps a fait resurgir en lui toutes ces choses qu’il avait enfouies depuis qu’il avait entendu les soldats de Mauro évoquer la mort de sa mère.

     

    - … et à ce propos n’oublions jamais notre passé. Nous n’allons pas coloniser les tribus que nous allons rencontrer. Nous allons d’abord essayer de nous faire accepter et ensuite tenter de faire des échanges. Certes notre savoir est très largement supérieur à toutes la somme des connaissances du reste du monde mais ces tribus possèdent des choses que nous n’avons pas. Leur rapport avec la nature nous sera très précieux pour nous développer. Il y a trois types de rapports possibles entre les peuples : association, domination, neutralité. La neutralité n’apporte rien entre deux peuples. La domination de l’un par l’autre finit toujours en tragédie. Le seul rapport bénéfique pour les deux est l’association. C’est dans cette voix là que la Communauté va se diriger. Toutefois je ne vous cache pas que parfois il faudra mener des combats armés. Malheureusement il a toujours fallu verser du sang dans l’Histoire de l’Humanité. Nous avons un certain avantage car nos connaissances en matière technique et militaire sont en avance de dix mille ans sur le reste du monde. A part bien sûr en ce qui concerne Armando et sa troupe. C’est aussi pour ça que cette fuite nous pose un problème. Si Armando parvenait à se développer et à mener une politique expansionniste nous irions vers les pires ennuis. Mesdames et messieurs, ayons confiance en nous et tout se passera pour le mieux.

     

    La foule se disperse et des petits groupes se forment pour disserter de la situation du jour. Le discours du Commandant ayant plutôt rassuré la Communauté, les jours suivants se déroulent sans soucis majeurs. Les équipes de chasses ramènent suffisamment à manger, l’élevage de bovins se développe, l’industrie communautaire continue de progresser et les conditions de vie s’améliorent de jour en jour.
    September 05

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    34. AVRIL. PLUS LOIN.

     

    Cent onze personnes chargées comme des mules fendent la forêt. Cette troupe silencieuse suit le fleuve sans jamais s’en approcher. Un homme mène le troupeau. Il vocifère par moments et est le seul à avoir les bras vides.

    - Patron, vous croyez qu’on a eu raison de partir comme ça, dit Marini. Nous leur avons quasiment tout pris dans la réserve de nourriture, ce n’est pas très correct.

    - Et tu voulais peut être qu’on parte sans avoir de quoi manger ? Il fallait rester avec eux si mes méthodes ne te plaisent pas, répond Armando. Je n’allais pas rester avec ses sales gauchistes non ? Je suis Diego Armando, je ne m’abaisserai pas à obéir à quelqu’un qui n’a pas plus de dollars que moi. Refaire le monde ? Pourquoi ? Il était très bien ce monde. J’avais beaucoup d’argent, je ne me fatiguais pas au travail, j’avais tout ce que je voulais, et ce que je ne n’avais pas il me suffisait de l’acheter. Apparemment je n’étais pas le seul à ne pas vouloir de leur révolution utopique. Plus d’une centaine de personnes sont parties avec moi cette nuit. Il reste encore des gens sensés sur cette Terre heureusement. Tu peux encore faire demi-tour et rejoindre ces crétins si tu le souhaites.

    - Non non Patron, je vous suis. Je suis de votre côté, je viens aussi d’une grande famille et ce monde qu’ils veulent fabriquer n’est pas le mien.

       

    Après une journée entière de marche, la troupe a parcouru cinquante kilomètres. Un campement abandonné est accueilli comme une aubaine. On allume un feu dans un cercle de pierre et tout le monde prend possession des petites huttes. Quelques squelettes éparpillés, probablement les anciens propriétaires des lieux, jonchent le sol. Le repas est vite avalé et chacun s’endort lourdement après cette journée harassante.

    La troupe est constituée principalement d’hommes et de leurs épouses. Du moins celles qui n’ont pas profité de l’occasion amenée par ce schisme pour se débarrasser de leur mari. On retrouve quasiment toute la classe Elite dans cette nouvelle tribu. Quelques opportunistes se sont glissés dans cette nouvelle tribu dans l’espoir d’améliorer leur condition sociale. En vivant près des riches ils pensent le devenir.

     

    35. DANS L’AVION

     

    - Regardez Commandant, dit Cécile Muller, la réserve est quasiment vide. D’après Manuel Brito il manque quelques outils également.

    - Et on sait qui a fait ça ? Attendez ne me dîtes rien. Je n’ai pas entendu la voix nasillarde du sieur Armando ce matin. Il est dans le coup n’est ce pas ?     

    - Oui Commandant. Nous avons dressé la liste des disparus. La Classe Elite dans son ensemble ou presque.

    - Les rats ont quitté le navire ? Tant mieux ! Je suppose que les ecclésiastiques ont suivi le mouvement ?

    - Oui Commandant.

    - La Noblesse et le Clergé, main dans la main comme d’habitude. Bon et bien au moins nous aurons besoin de moins chasser, et de moins de matériel pour vivre. Je parlerai ce soir à la Communauté.

     

    Deschamps réunit sur le champ le Conseil pour évoquer la nouvelle situation. Il faut réorganiser tout le système des tâches suite à cette défection de cent onze personnes. Chasse, construction, éducation, agriculture, tous les domaines sont touchés par cette fuite.

     

    Le soir venu, toute la Communauté est réunie au sein de l’A399.
    August 29

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    33. AVRIL. SUR L’AUTRE RIVE

     

    La brume matinale rassure les Chamac. Ils se sentent protégés par cette écran de fumée, le souvenir de la cuisante défaite contre les Broline est encore très présente. Le moral de la tribu est au plus bas. Par peur des autres aucun feu n’a été allumé depuis des mois, les terrains de chasse ont été raccourcis pour éviter de croiser des étrangers. Les soldats qui se sentaient si forts sont devenu de vraies poules mouillées. Mauro ne sort quasiment plus de sa hutte. Seul le Sorcier et quelques femmes ont accès au chef des Chamac.

     

    Mauro hurle pour appeler le Sorcier. Quelques minutes plus tard, ce dernier, averti par un enfant que son chef le réclame, se trouve en face de Mauro.

    - Sorcier, je n’en peux plus d’être le chef d’un peuple de loques. Regarde ce que nous sommes devenus. Nous étions des chasseurs, nous traquions et nous battions toutes les tribus et maintenant nous nous cachons comme des misérables proies. La peur a envahi notre village. A cause d’elle des Chamac sont morts cet hiver. On n’ose même plus chercher de la nourriture, il suffirait qu’arrive ici un étranger avec une brindille pour que mes soldats capitulent devant lui et pour que tous les Chamac se prosternent à ses pieds. Tu dois me trouver une solution. Si tu ne m’es plus d’aucune utilité rappelle-toi que je t’étripe.

    - Mauro, glapit le Sorcier au sortir d’un soupir craintif, le peuple n’a plus confiance en toi. Tant que tes soldats ont de quoi manger tu ne risques rien mais si la situation devait s’empirer alors ton sort serait vite réglé. Le mien aussi par la même occasion. Les Chamac ont faim, ils ont peur, mais pas encore assez pour se révolter. Il faut faire illusion que tout va bien.

    - Et comment compte tu t’y prendre ? Mes soldats me sont fidèles certes mais ils seraient incapables de battre une bande de gamins. La nourriture s’épuise de jour en jour, je ne vois vraiment pas comment on peut trouver un seul point positif à notre situation actuelle.

    - Mauro je suis d’accord avec toi, le plus important est de nourrir les Chamac ensuite il sera plus facile pour que le peuple redevienne docile. Il suffira de s’inspirer de ce matin.

    - Explique toi Sorcier !

    - La brume, Mauro, la brume. Cacher la vérité pour ne pas la voir. J’ai remarqué que les Chamac étaient moins nerveux ces derniers temps quand le ciel était couvert comme aujourd’hui. Ils n’ont plus peur, ils ont l’impression d’être protégés comme un bébé dans le ventre de sa mère. Rien ne peut leur arriver puisque rien n’existe autour d’eux. Il faudra donc empêcher les Chamac de penser pour qu’ils n’aient plus peur. Et s’ils n’ont plus peur ils auront à nouveau confiance en toi.

    - C’est une idée à creuser. De toutes façons toi et moi avons tout intérêt à ce qu’elle fonctionne. Le printemps est arrivé, nous devrions pouvoir manger à notre faim très bientôt.

    - Il faut redonner confiance à notre peuple Mauro. Mais il faudra que tes soldats nous aident.

    - Mes soldats ? Tu n’y penses pas Sorcier ! Cette bande d’incapables se ferait démolir par n’importe qui…

    - N’importe qui Mauro ? Pas si sûr. Voilà ce que tu vas faire. Tu vas envoyer une petite délégation de dix hommes dans le dernier village que nous avons vaincus. Nous les avons tellement massacré qu’ils seront épouvantés à l’idée que nous revenions. Il suffira de faire cinq prisonniers et de les ramener ici.

    - Ce n’est pas en ramenant cinq prisonniers que la fierté des Chamac va s’en trouver regonflée…

    - Ce n’est pas tout Mauro. Nous dirons au Chamac que les prisonniers viennent d’une tribu inconnue et puissante. Une fois ces prisonniers ici, je leur ferai boire quelques potions qui les rendront malades et nous les ferons combattre contre tes meilleurs soldats au centre du village. Les étrangers se feront tuer par nos soldats devant tout notre peuple. Toute la tribu reprendra confiance en elle et oubliera un peu la déroute contre les Broline. Le sang versé de ces cinq pauvres malheureux réchauffera celui des Chamac.

    - Tu es un fourbe, Sorcier ! C’est bien pour ça que je te garde à mon service, s’esclaffe Mauro dans un grand éclat de rire.
    August 22

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    32. AVRIL. ANNEE COMMUNAUTAIRE 2

     

                Cinq mois ont passé depuis l’atterrissage forcé de l’A399 sur la plaine. L’appareil trône toujours au milieu  de cette vaste prairie. Les ailes et la queue ont été retirées pour pouvoir en utiliser le métal. Le plus gros avion de tous les temps ressemble à présent à un énorme suppositoire posé sur des roues délestées de leurs pneumatiques. La micro société communautaire s’est organisée plutôt avec succès. Bien sûr les conditions précaires créent quelques tensions inévitables mais aucun incident majeur à signaler. Par chance l’hiver n’a pas été trop rude et même si les végétariens ont dû se résoudre à devenir carnivore pour pouvoir subsister la nourriture n’a posé aucun problème.

                Cafu s’est complètement intégré à la Communauté. Son habileté manuelle et sa connaissance de la nature sont d’un grand secours pour la chasse.  Il suit les cours de français avec tous ceux qui ne parlent pas cette langue au sein de la Communauté. Il se débrouille très bien et commence à maîtriser les bases du langage. Avide de connaissance il n’est pas rare de le voir en compagnie du Professeur Diomède qui lui inculque les notions basiques dans divers domaines scientifiques. Cafu ne comprend pas toujours tout mais il est émerveillé comme un gamin devant les explications du vieux savant.

                L’événement principal de cet hiver fut l’arrivée de la mort au sein de la Communauté. Un homme est mort en chassant. En poursuivant un lapin dans une pente, il a fait une mauvaise chute et est tombé la tête la première sur une grosse pierre. Un débat s’est engagé pour savoir quoi faire du corps. Deux opinions s’affrontèrent : d’un côté ceux qui voulaient l’enterrer, de l’autre ceux qui voulaient le brûler. Finalement après deux jours de discussions une décision fut prise. Les « brûleurs » l’emportèrent sur les « enfouisseurs ». Il a donc été décidé que dès à présent tous les morts seraient brûlés, sans cérémonie religieuse malgré ceux qui en réclamaient une. Les Communautaires par cette décision ont renoncé au culte des morts et à une hypothétique vie au-delà de la mort.

               

                Des expéditions commencèrent à s’organiser autour du camp de base. Tout ce qui se trouvait de ce côté du fleuve à moins de six heures de marche était connu. Cafu ayant signalé la présence des Chamac et parlé de Mauro, Deschamps décida qu’il était plus sage de rester sur cette rive. Néanmoins l’idée d’un voyage ultérieur dans la tribu de Cafu n’a pas été écartée. Au cours de toutes ses expéditions aucun village, pas un seul humain ne fut rencontré. Des traces de passages ou d’installation antérieure furent relevées mais rien de concret. Pour le moment la Communauté est toujours isolée mais pour tous les Communautaires il est devenu urgent d’organiser une protection. Le premier gros chantier fut donc d’ériger une palissade en bois tout autour de l’appareil. Un cercle de cent mètres de diamètres environ constitue désormais un rempart contre une éventuelle mauvaise rencontre. Pour abattre les arbres nécessaires à la construction de cette palissade, Brito et son équipe de mécaniciens ont construit une forge pour pouvoir fondre les métaux et ainsi fabriquer des outils et des armes.

     

                - Et bien ça prend forme Diomède, dit Luc Deschamps. Nous avons passé le premier hiver sans encombres. Grâce à notre révolution industrielle nous allons pouvoir nous développer et gagner en confort.

    - Certes, commandant, certes. Mais il ne faudrait pas refaire les erreurs du passé. Essayons d’être plus propres que nos ancêtres. Nous avons eu une seconde chance il ne s’agirait pas de la gâcher. Sur les deux cents dernières années de notre civilisation, nous avions consommé presque tout ce que la Terre avait mis des millions d’années à créer. Nous savons qu’il existe des énergies renouvelables et c’est dans cette voie là qu’il va falloir se diriger. Pour le moment nos besoins ne sont pas énormes, quelques panneaux solaires peuvent suffirent largement pour nous fournir l’électricité dont nous avons besoins mais demain ? Pour le moment l’argent n’a aucune influence sur les décisions que nous allons prendre alors c’est aujourd’hui qu’il faut prendre des initiatives sensées.

    - Vous avez raison Diomède. Vous avez parfaitement raison. Mais en attendant il va falloir qu’on trouve du fer, du cuivre, construire des maisons, des infrastructures, car nous n’allons pas rester toute notre vie dans l’avion. Notre communauté est un fœtus qui ne demande qu’à sortir du ventre de sa mère pour pouvoir grandir et faire sa vie. Nous allons étudier tout cela dans les prochaines réunions du Conseil… 

     - Commandant ! Commandant ! Il nous manque du monde ! Une centaine de personnes a disparu dans la nuit, dit Cécile Muller. 
    July 18

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    30 FIN DE LA PREMIERE SEMAINE

     

    Mauro rentre tête basse dans sa hutte. Il n’a parlé à personne depuis deux jours. Le dernier de ses ordres fut de faire exécuter ceux qui sont revenus sans aucune blessure de la bataille contre les Broline. Le motif ? S’ils ne sont pas blessés c’est qu’ils ne se sont pas assez battus, et si les Chamac ont pris une déculottée retentissante c’est à cause de ceux-là. Pourtant les guerriers n’ont rien à se reprocher. Ils étaient moins nombreux, moins bien équipés et les soldats qui sont revenus plus ou moins entier au village sont ceux qui eurent la chance de courir plus vite que leurs adversaires. Mauro n’aurait jamais du envoyer ses hommes à la bataille mais la vision des neuf guerriers vaincus par la ruse de trois femmes lui a fait perdre son sang-froid. Il en a oublié un des principes élémentaires de la guerre. Aucune reconnaissance n’a été effectuée et les Chamac se sont lancés complètement à l’aveuglette dans ce combat trop inégal. Il aurait suffit d’un ou deux espions pour éviter un tel carnage. Car ce fut bien une boucherie cette bataille contre les Broline. Les trois quarts des Chamac se sont fait massacrer. Le rapport de forces était du simple au triple. Seuls quelques Broline furent tués.

    Le Sorcier, qui a suggéré à Mauro d’exécuter des coupables à cette défaite, n’en finit plus de prêcher des sermons au centre du village. Il faut à tout prix faire entrer dans la tête des gens que si la défait est survenue c’est parce que les Dieux ont été contrariés ou parce que les soldats n’ont pas été assez braves. Cafu ou les exécutés, les absents ont décidément toujours tort.

     

    Les Chamac n’aveint plus connu la défaite depuis très longtemps. A vrai dire depuis que Mauro avait pris le pouvoir, tout le monde se sentait protégé par ce chef et son armée. Mais à présent les Chamac ont peur. On n’allume plus de feu de peur d’être repéré, les huttes ont été transportées dans la forêt et ne sont plus visibles de loin. D’un instinct chasseur, les Chamac se sentent maintenant chassés. Tant pis si la viande doit être mangée froide. Il vaut mieux manger cru que de finir au bout d’une lance. Mauro sent que son peuple a peur, son pouvoir pourrait être remis en cause suite à cette défaite militaire. Chez les Chamac, la rupture de contrat de chef se fait dans le sang. Tout Mauro qu’il est il sait très bien qu’il ne pourra rien si le peuple Chamac envahit sa hutte pour le destituer. On ne lui demandera pas de partir. On le tuera. Mauro ne peut plus se refaire sur une prochaine campagne militaire. Son armée a été décimée. A l’heure qu’il est il n’est plus capable de s’approprier la moindre tribu, ou alors une tribu si faible qu’elle n’apporterait rien au Chamac. Il sait que sa seule chance de survie est de jouer sur la peur de ses congénères. Mauro décide donc au bout de sa réflexion qu’il lui faudra terroriser les Chamac plus que de raison pour garder son statut. Au moindre signe de contestation il faudra frapper fort. Le châtiment qu’a subi la mère de Cafu devra être une faveur par rapport au sort que subiront les opposants. Ce n’est plus lui contre le reste du monde avec l’aide de son peuple mais lui contre son peuple avec l’aide du reste du monde.

     

    Malgré tout il faut continuer à vivre. Les rescapés n’ont pas tout perdu dans leur malheur. Même si leur chair a souffert au cours de cette bataille apocalyptique, c’est la chair qui va leur redonner le sourire. Puisqu’on a perdu beaucoup d’hommes il va falloir s’atteler à repeupler le village. L’investissement est à long terme certes mais il est indispensable. Les guerriers Chamac repartent pour un corps à corps. Nettement plus délicieux celui là. Tant qu’une Chamac capable d’enfanter ne se trouve pas enceinte, elle à le devoir de recevoir chaque nuit dans sa hutte un guerrier. Puisque les rescapés ont été ceux qui courraient plus vite que les Broline, il est à espérer que leur descendance sera dotée de cette même caractéristique.
    July 11

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             29. FIN DE LA PREMIERE SEMAINE

     

             Sept jours après avoir atterri en catastrophe, les passagers de l’A399 se sont parfaitement organisés. Les débats ont fait rage au sein des deux camps. Finalement une assemblée plénière a autorisé l’usage de l’Antisenex. Chacun est donc désormais libre de se la faire injecter ou non. Néanmoins il a été décidé que seuls les personnes âgées de trente ans minimum avaient le droit à l’Antisenex. Finalement quasiment tous les passagers, même ceux qui étaient au départ opposés à l’Antisenex, ont pris une dose du produit miracle. Seuls quelques vieillards qui n’avaient aucunement l’intention de souffrir d’arthrose pour les siècles à venir ont autorisé la Mort à venir les prendre un peu plus tard.

             Toutefois il était important de se protéger des diverses maladies qui pouvaient roder dans cette nature à l’état sauvage. Le professeur Diomède assisté de quelques docteurs qui se trouvaient sur ce vol parmi les passagers pratiquaient une médecine ancestrale à base de plantes pour soulager ceux qui pouvaient tomber malade. Pour produire de la pénicilline ou de l’aspirine il faudra encore attendre un moment.

             Brito et son équipe de mécaniciens aidés de quelques ingénieurs qui se rendaient à Paris tentent d’améliorer le confort de chacun en puisant tout le matériel nécessaire sur les différentes parties de l’A 399. Seule la carcasse reste intacte, de manière à garder un abri solide à tout le monde. A l’aide de quelques panneaux solaires, il est possible d’avoir un peu d’électricité pour diverses utilisations.

             Les enfants qui jubilaient de ne plus pouvoir à l’école suite à cet accident ont vite déchanté. Les adultes ont une fois de plus fait tout ce qu’il fallait pour leur gâcher la vie. Parmi les passagers des hommes et des femmes se sont improvisées professeurs et instituteurs. Chacun enseignait une spécialité et avec l’Encyclopédie Ultime gravée sur l’ordinateur du Professeur Diomède, les nouveaux enseignants ont une base solide pour préparer leur cours. Par chance à l’intérieur de ce vol pour Paris, se trouvait une cinquantaine de scientifiques qui se rendaient au Grand Congrès de la Science de la Villette.

             Cécile Muller et son équipe d’hôtesses et de stewards faisaient le lien entre tout le monde et tentait, plutôt avec succès, de résoudre tous les problèmes qui pouvaient arriver et gérer la vie de cette nouvelle tribu. Il fallait encore rassurer ceux que cette situation pouvait légitimement inquiéter. Grâce au personnel navigant de l’European Airlines, l’atmosphère était assez détendue.

             Des globules blancs, des bras, des cellules grises, un cœur, cette communauté était viable. Pourtant il lui manquait une tête. A la suite de plusieurs discussions, l’idée délire un chef fut de plus en plus forte. Certains conflits commençaient à poindre lorsqu’il fallait prendre des décisions. Où aller chasser ? Comment organiser la sécurité ? A quoi allait servir l’électricité ? Faut-il explorer les alentours ? Qui fait quoi ?

             Finalement il a été décidé d’organiser une élection le soir du septième jour. Si tout le monde était d’accord sur le concept d’un chef élu personne ne voulait officiellement se porter candidat. Il y avait ceux qui étaient trop jeunes, ceux qui se trouvaient trop vieux, ceux qui n’étaient pas portés vers une quête de pouvoir ou tout simplement qui ne s’en sentaient pas capables. A vrai dire être le chef d’une tribu d’un gros millier de rescapés au milieu d’une nature inconnue, à une époque révolue, sans avoir de privilèges manifeste, ça n’intéresse pas grand monde. Pourtant vint l’heure du vote. Luc Deschamps prit naturellement la parole, comme il le faisait à chaque assemblée depuis leur arrivée sur ce plateau. Après qu’il ait expliqué les enjeux de ce vote, quelques voix se mirent à lancer l’idée que le meilleur candidat ne pouvait être que lui. La rumeur grandit doucement pour finir par des exclamations en l’honneur du commandant Deschamps. Porté par cet allant et l’euphorie du moment, Deschamps accepta de présider la communauté.

             C’est à ce moment là que Diego Armando se leva, avança vers Deschamps, se tourna vers la foule et annonça qu’il se portait aussi candidat. Cafu regardait tout ça de loin et ne comprenait pas du tout à quoi jouait cette foule. Des bulletins de votes furent préparés et chaque passager majeur put déposer le nom de son favori dans une urne. Sans surprise, à une écrasante majorité, digne d’un dictateur de république bananière, Luc Deschamps fut élu chef de la communauté. Diego Armando ne salua pas son vainqueur du jour et s’en alla sans un mot.

                       

    July 05

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             28. SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ

     

             Les trois danseuses, en bougeant de la sorte, mettent tous ses sens sans dessus dessous. Elles dégagent une volupté inconnue jusqu’à cette nuit. Leurs chevelures volent au vent en tourbillonnant, leurs bras forment des cercles invisibles parfaits, leurs jambes s’agitent  à une vitesse folle. Par leur transe elles le mettent quasiment en état second. A force de regarder ces trois toupies il en perd la tête. En plus de danser, elles chantent. Les trois voix se complètent pour donner un accord parfait. Il ne comprend pas les paroles qu’elles psalmodient sans cesse mais il trouve ça divin. Bercé par le chant de ces sirènes, plus aucun de ses sens n’est en action. Il n’entend plus rien d’autre que la mélodie entonnée par les danseuses, il ne voit plus rien d’autre que ces trois corps d’une beauté divine, il ne sent plus ses membres, il ne peut plus esquisser le moindre mouvement.

             Simultanément les danseuses s’arrêtent dans la même posture. Un grand cri rauque se fait entendre dans la forêt. Il ne l’entend pas. Il entend seulement le cri très aigu que lancent celles qui sont devant lui. Elles se retournent et partent en courant dans la direction qui lui est opposée. Le spectacle est fini. Du moins le croit-il. Quelques secondes ou quelques minutes après, il est incapable d’en faire la nuance, il voit des géants fendre les branches. Une centaine de créatures hautes de dix mètres de haut qui, et c’est la première fois qu’il voit une chose pareil, sont montés sur des chevaux. Les chevaux atteignent une hauteur incroyable également et seule une race de géants pouvait capturer des bêtes de cette taille. Il n’avait pas peur, il n’attendait qu’une chose : que les Géants partent afin que les danseuses reviennent. Il se sentait au Paradis et ce n’est pas une place pour les Géants, tout le monde le sait depuis qu’il est tout petit. Il est certain que les Géants vont partir, il ne peut en être autrement. Ne voyant pas les danseuses, il s’attarde sur ces visiteurs. En plus d’être d’une taille colossale, ils portent des choses étranges sur la tête. Autour de leur crâne on dirait une sorte d’écorce qui épouse les formes de leur tête géante. Leurs lances ne sont pas taillées dans une branche, elles brillent.  La seule arme en bois qu’ils possèdent est une sorte de branche parfaitement ronde au bout de laquelle se trouve un morceau parfaitement taillé de cette matière qui brille. Les géants font tournoyer leurs armes au-dessus de leur tête. Le spectacle est grandiose. Après avoir savourer les danses lascives de trois déesses, c’est maintenant toute une armée de Géants qui paradent devant lui. Un guerrier comme lui ne pouvait rêver un meilleur programme.

             En regardant autour de lui il s’aperçoit que ses compagnons sont dans la même situation que lui. L’air hagard, assis contre une souche et les bras ballants, ils sont tous hypnotisés par l’armée des Géants. Celui qui semble être le chef des Géants s’avance vers lui. Son cheval porte des ornements sur chaque flanc, il est d’un blanc si pur qu’on dirait de la neige. Tous les autres chevaux de la horde sont noirs. Le chef des Géants s’adresse à lui sans bouger de sa monture. Il ne comprend pas un mot, le son de sa voix vibre jusque dans ses entrailles. Pourtant il n’a pas peur. Le chef des Géants répète la même phrase cinq ou six fois, de plus en plus fort. Il reste sans voix. Que répondre à un homme de dix mètres de haut qui ne parle pas votre langue ? Le Géant se tait, plus un bruit ne s’échappe de la forêt. Il les dévisage, complètement abruti par ce qu’il vient de voir au cours de cette soirée. D’abord des femmes plus belles que toutes celles de sa tribu a vu naître en son sein ou a pu capturer. Ensuite ces Géants qui feraient passer son chef Mauro pour un moucheron. A l’idée d’ailleurs de voir se mesurer Mauro avec ses Géants il se mit à rire bêtement.

             Apparemment il ne fallait pas. Le chef des Géants fait pivoter son cheval sur la gauche. Il lève sa massue le plus haut possible et l’abat sur son crâne. Interruption définitive  du son et de l’image. Ses compagnons subissent à peu près le même sort.

     

             Une fois que les guerriers Broline eurent fini de s’occuper de la petite troupe Chamac, les trois ex-captives vinrent cracher sur le visage déformé et ensanglanté de leurs bourreaux.

     

             Le lendemain, Mauro arrive sur les lieux du carnage. Un des dix hommes n’avait pas été tué. Il s’était caché en voyant arrivé les Broline et a vu toute la scène. Il n’a pas compris pourquoi le chef de la troupe murmurait qu’il voyait des Géants. Ils étaient plus grands car ils étaient sur des chevaux, c’est tout. Il n’arrivait pas non plus à expliquer à Mauro  pourquoi les autres n’avaient pas bougé durant toute la scène. Le chef des Chamac, pestait contre ses hommes et pour calmer sa colère donnait des coups de pieds aux neufs malheureux qui gisaient, baignant dans leur sang, à même le sol.

             Le rescapé, malgré la vision de ses camarades massacrés, mange un morceau de viande ramené par un des soldats de l’armée Chamac. La faim le tiraillait depuis hier soir. Il n’aime pas les champignons…