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    September 21

    Page 54

    46. OBSERVATION

     

                Le village des dissidents ressemble à un campement de fortune après le passage d’un ouragan ayant tout embarqué sur son passage. Les cabanes sont construites à partir de bric et de broc, seule la hutte de Diego Armando possède une forme respectable. Celui qui se fait appeler le Généralissime, sans doute en souvenir de tous les révolutionnaires sud-américains, règne sur une troupe d’affamés qui lui est entièrement dévouée. En reprenant le vocabulaire socialo-marxiste très en vogue dans la région du monde qui l’a vu naître, en s’appropriant sans vergogne la plus grande partie des maigres richesses que cette tribu a récolté depuis son départ de la Communauté et en s’appuyant sur quelques hommes de main, Diego Armando tient un pouvoir rigide sur ce village. Mais si Armando est un roi, il règne sur un peuple faible et sans réel espoir. Ces ex-nantis errent en guenilles, se nourrissant de racines, de fruits trop mûrs ou de carcasses d’animaux pas fraîches. Les rares prises de chasse étaient réservées au Généralissime et à ses sbires.

                    Perché dans son arbre Mauro fulmine d’impatience et se voit déjà en train d’égorger quelques un de ces étrangers. Néanmoins les événements des dernières semaines lui intiment de rester caché dans les branchages. Quelques instants suffisent cependant pour se faire une bien piètre opinion à propos de cette tribu. Un coup d’œil suffit à Mauro pour se faire comprendre du Sorcier. D’un geste assuré du bras il indique aux autres Chamacs postés dans les arbres de garder leur position. En prenant soin de faire le moins de bruit possibles, Mauro et le Sorcier se mettent à l’écart et commence à discuter

                    - Sorcier nous ne ferons qu’une bouchée de cette tribu. Ils sont faibles, sans défense, à part quatre ou cinq hommes un peu plus costaud, nous pouvons tous les briser d’un seul coup de poing. Attendons la nuit pour attaquer. On s’occupe d’abord de tuer les plus forts, et les plus faibles auront tellement peur de nous que la bataille sera gagnée en très peu de temps.

    - Je ne crois pas que cela soit la meilleure idée Mauro, souffle le Sorcier. Nous pouvons tirer un grand parti de ces hommes. Certes nous allons devoir subir quelques désagréments mais dans un avenir plus ou moins proche en récolter les fruits.

    - Explique toi !

    - Tout de suite Mauro, dit le Sorcier en se prosternant devant son chef. Tu as du remarqué que ces étrangers ressemblent aux amis de Cafu. Ils ont l’air moins puissants certes mais ils ont la même origine.

    - C’est vrai et alors ?

    - Et bien peut être que ceux là aussi ont un grand savoir et des pouvoirs comparables aux autres. Visiblement nous avons des choses qu’ils n’ont pas et inversement. Nous savons comment survivre et nous développer dans ce milieu. Eux pas du tout si on regarde leur allure. En voyant ce village sans défense on peut supposer aussi qu’ils ne connaissent pas grand chose à l’art de la guerre.

    - En effet ! On ne voit aucun soldat dans ce village à part autour de la hutte de celui qui semble être leur chef. De plus les hommes que l’on voit n’ont l’air nullement capable de se battre avec bravoure. Mais je ne vois toujours pas pourquoi nous devrions les épargner.

    - C’est parce que tu es un grand chef Mauro, avec un caractère de chef. Moi je suis Sorcier et je vois les choses autrement. L’idée est qu’il faut se soumettre à eux pour s’intégrer en leur sein. Montrons leur en quoi nous pouvons leur être utile. Ramenons de la nourriture, montons une armée, glanons des richesses pour eux et nous pourrons être considérés comme leurs égaux.

    - Moi me soumettre tel un vulgaire esclave ? C’est une plaisanterie j’espère !, s’emporte Mauro.

    - Mais qui parle d’esclavage Mauro ? Il nous suffirait de cinq minutes pour massacrer ce peuple. Même à dix contre cent ! Le tout est de le faire croire. Et puis tu as vu comme moi ce qui s’est passé avec Cafu et les hommes venus avec lui. Seuls des êtres semblables à ceux là peuvent vaincre ceux qui t’ont chassé.

    - C’est vrai ils possèdent sans doute quelques pouvoirs secrets qui leur donnent une force inhumaine. Sinon comment Cafu aurait-il pu tuer Dorado juste en levant la main ? il faudrait donc arriver à monter ce peuple misérable contre les amis de Cafu, et ensuite tuer leur chef pour prendre sa place. En mêlant la force des Chamacs et le savoir de ces étrangers il serait facile pour nous d’écumer toutes les tribus qui vivent à une semaine de marche aux alentours. Je deviendrais alors le chef le plus puissant que les Chamacs n’ont jamais connu.

    - Tu as tout compris Mauro, il ne nous reste plus qu’a préparer notre entrée en scène au milieu de ces hommes. Je sais même comment nous allons nous y prendre. D’ici quelques jours tout sera prêt.