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October 31 Page 4639. JOUR
Il avance, la main sur le front pour protéger ses yeux de la lumière. Il doit se réhabituer au soleil. La tête baissée il ne voit que le sol et les quelques touffes d’herbe sortant de la terre. Toujours ce silence envoûtant autour de lui. Le regard de Marini remonte doucement en suivant le sol. Encore quelques touffes d’herbe, le sol sec et marron. Des pieds. Des mollets. Des quadriceps énormes. Des abdominaux saillants. Des pectoraux fermes. Des épaules larges. Des bras musclés. Un regard noir. Devant lui se dresse Dorado, le plus solide guerrier des Chamacs. Presque aussi puissant que Mauro. Quand Dorado croise le regard de Marini il écarte les bras en poussant un cri bestial. Les doigts de sa main droite serrent une lance identique à celle qui nage dans la main gauche de Marini. A la fin de son hurlement toute la population chamac répond par un cri semblable. Marini n’avait pas remarqué qu’il était au centre d’une arène miniature. Ces derniers jours on avait érigé autour de la cage un cercle avec des troncs d’arbres. Tout autour se massent les Chamacs avides du spectacle qu’on leur a promis. Bien évidemment ils encouragent Dorado, le Sorcier et Mauro ont vendu ce combat sur le thème de l’honneur du peuple Chamac. - Tu l’as empoisonné ? demande Mauro - J’ai essayé au début, répond le Sorcier. Mais il se méfiait de ce qu’on lui donnait à manger, alors pour éviter qu’il ne dépérisse et qu’il ait l’air robuste, j’ai utilisé un autre stratagème. - Lequel ? - Il faut toujours apprendre de la défaite. Tu vois la petite avec ses cheveux longs de l’autre côté ? Et bien elle a épuisé notre homme toute la nuit. Je ne me fais pas de soucis pour Dorado. Il va l’emporter sans problème. - Bien ! Je vois que tu ne manques pas de ressources. Et maintenant apprécions ce massacre.
Dorado bombe le torse, Marini plie les jambes et tente de reculer. Dorado se jette lance en avant, Marini essaie d’esquiver les coups. Dorado avance d’un pas assuré, Marini veut courir à toute jambes. Dorado frappe, Marini reçoit. Le Chamac ne frappe pas avec la pointe de sa lance mais fait des mouvements de bas en haut. L’ancien copilote pare les coups en tenant sa lance devant lui. La foule hurle autour d’eux, la tension est à son comble. Soudain Dorado abat son arme sur celle de Marini. Le choc est violent, les deux lances se brisent. Marini est terrifié, il tombe à terre et se recroqueville. Une pluie de coups de poings vient heurter le crâne de l’homme à terre. Bien qu’il tente de se protéger en cachant sa tête Marini est au bord du KO. Dorado respire et laisse un peu de répit à son adversaire. Marini est prostré contre la palissade, il ne sent même plus les coups de pieds qu’il reçoit dans le dos de la part des Chamacs. Par contre lorsqu’un enfant lui plante ses mâchoires dans le dos il se relève immédiatement. Dorado prend ça comme une invitation à reprendre le combat. Il ramasse un bout de lance et, profitant du peu de lucidité qu’il reste à son opposant, le plante dans la cuisse gauche de Marini. Ce dernier s’effondre aussitôt en vociférant. A peine sa blessure refermée, la voila rouverte. Le sang coule le long de sa jambe. Dorado prend un deuxième bout de lance et vient le ficher cette fois-ci dans la cuisse droite. Les cris de Marini redoublent. Face contre terre il ne peut voir que les jambes du Chamac. A l’arrière plan il croise le regard de son infirmière. Puis ses yeux se figent. Sa bouche reste ouverte. Dorado vient de transpercer sa gorge avec une autre moitié de lance. Le peuple exulte, Dorado les mains pleines du sang de sa victime célèbre sa victoire en poussant des cris bestiaux tout en piétinant Marini. Il regarde le ciel et tourne sur lui-même lentement. Il veut que chaque Chamac le voit triomphant. Les troncs d’arbres délimitant l’arène sont arrachés par les Chamac qui se précipitent vers leur héros. Dorado est porté en triomphe, on le dépose aux pieds de Mauro. La foule scande des slogans à la gloire du guerrier vainqueur. D’un mouvement de bras le chef Chamac parvient à ramener le calme dans sa tribu. - Dorado, tu as vaincu ce puissant étranger. L’honneur des Chamacs est retrouvé, nous allons pouvoir repartir à la guerre. Nous nous vengerons face aux Brolines, nous étendrons notre domination sur les autres tribus, nous sommes un peuple fort. Les Dieux sont avec nous ! Avec Dorado en première ligne nous ne craignons rien ! Les cris reprennent de plus belle et le village Chamac se lance dans une fête qui durera plusieurs jours. Le Sorcier se tourne alors vers Mauro. - Mauro, je pense qu’il va falloir te débarrasser au plus vite de Dorado. - Ah oui ? Et pourquoi ça ? - Parce qu’avec sa nouvelle popularité il risque de te faire de l’ombre. Il est très puissant, presque autant que toi, plus jeune. Il vaut mieux pour toi qu’il devienne un martyr plutôt qu’un possible remplaçant tu ne crois pas ? - Tu as raison Sorcier. Je lui réserverai une mission impossible. Un héros de sa trempe mérite au moins ça à présent.October 19 Page 4538. NUIT.
Il dort à poing fermés, recroquevillé sous deux peaux de bêtes. C’est la première fois qu’il trouvait facilement le sommeil, sa blessure à la cuisse le faisait moins souffrir. Il ne l’avait pas entendu rentrer. Pourtant dans sa cage il n’était plus seul. Elle est là, devant lui, un petit pot dans la main droite. Elle s’approche de lui doucement. Délicatement elle écarte ce qui sert de couverture à Marini et applique doucement le liquide verdâtre contenu dans le récipient sur la plaie. Les gestes sont doux, précis, elle effleure de ses doigts la peau du prisonnier. Marini se réveille doucement et sentant qu’on lui prodigue des caresses sur sa jambe se demande s’il n’est pas en train de rêver. Soudain il ouvre grand les yeux et rétracte aussitôt sa jambe. La jeune Chamac sursaute légèrement vers l’arrière. D’un regard apaisant, Marini fait comprendre à son infirmière qu’elle n’a rien à craindre et qu’elle peut reprendre ses soins.
Il ne la quitte pas des yeux, elle n’ose pas le regarder. Elle continue d’appliquer cette pommade avec précaution. Marini est fascinée par cette inconnue qui s’occupe de lui depuis quelques jours. Ils n’ont échangé aucun mot, de toutes façons ils ne se comprendraient pas, juste quelques regards. Froids la plupart du temps. Cette jeune femme était bienveillante mais froide. Mais cette nuit c’est différent. Peut être est-ce un effet de cette pommade ou l’atmosphère particulière à la nuit. Les yeux de Marini restent fixés sur le visage de la Chamac. Elle reste concentrée sur ce qu’elle fait. Marini insiste mais n’esquisse aucun mouvement. Enfin la jeune Chamac ose lever la tête. Ses mains se figent lorsque elle se rend compte de l’attitude de Marini. Les deux êtres restent immobiles quelques secondes. Marini bouge doucement son bras droit et écarte doucement les cheveux qui masquaient la joue gauche de son infirmière. La peur et l’attirance viennent se mêler dans l’esprit de la Chamac. Marini n’a jamais vraiment eu de succès avec les femmes, mais plusieurs mois passés dans la forêt, et la frustration que cela engendre, ont fait qu’il déborde d’énergie pour tenter de séduire une femme, même une Chamac. Marini approche doucement son visage de celui de la jeune femme. Arrivé à quelques centimètres, il remarque avec une certaine surprise que son odeur est agréable. Sans doute s’est elle ointe d’une décoction à base de fleurs. Il ferme les yeux et l’embrasse délicatement sur la joue. Ce contact épidermique réveille en lui des sensations oubliées. Il attrape son visage à pleines mains et plaque ses lèvres contre celle de la jeune femme. D’abord presque rétive, la Chamac se détend peu à peu et finit par rendre ce baiser à Marini. Il lâche son visage sans quitter ses lèvres et passe ses mains sous la tunique de son infirmière. Il lui parcourt le dos, les hanches, ses gestes sont rapides, trop rapides. Il sent que la Chamac se tend et se débat un peu. Il ralentit ses gestes, il ne pétrit plus, il caresse. Ses mains se font douces et effleurent les cuisses de la demoiselle. Les baisers sont de plus en plus passionnés. Marini prend la tunique de la jeune femme et l’enlève délicatement. Elle cache immédiatement son corps à l’aide de ses bras. Marini se déshabille également et invite la Chamac à le rejoindre sous les peaux de bêtes. Dissimulée sous les couvertures La jeune femme se détend et ne se refuse pas quand Marini vient se coller à elle. Il la serre dans ses bras et inonde son cou et ses épaules de baisers. Puis il la bascule sur le dos tout en la regardant fixement. La Chamac n’a plus peur, elle se sent bien avec cet étranger. Marini se met au dessus d’elle et la pénètre doucement. A ce moment là il oublie tout. L’atterrissage forcé, la vie en communauté, Diego Armando, sa capture, la cage sont mis de côté.
Après quelques minutes, un râle rauque déchire le silence dans le village. Marini, vidé, est comblé. La Chamac vient se blottir contre lui. Ils restent tous les deux un long moment enlacés dans cette cage sombre. Plusieurs fois dans la nuit leur corps se mêleront à nouveau et à chaque fois ils y trouveront davantage de plaisir. Marini s’enivre du doux parfum de cette inconnue avec qui il n’a toujours pas encore échangé un seul mot. Il s’endort profondément. Sa blessure à la cuisse ne se fait plu du tout ressentir. Juste une cicatrice longue de quelques centimètres lui rappellera à jamais cette nuit magique qu’il a passé avec un Chamac. Le lendemain matin lorsque il se réveille il cherche du regard son infirmière. Disparue. A-t-il rêvé ? Etait ce la réalité ? Il s’aperçoit qu’il est nu. Il ne fait plus sombre. La cage est ouverte en un endroit. Juste devant la sortie il y a une lance. Aucun bruit autour de lui. D’habitude il est toujours réveillé par l’activité matinale du village. Aujourd’hui rien. Juste quelques corbeaux viennent troubler ce silence. Il se lève et ramasse la lance. October 12 Métro boulot infoPour ceux qui n'auraient pas eu l'immense plaisir et l'honneur de lire le Métro de ce jour, je ne peux résister de vous faire partager ces deux infos trouvées page 4. Sur fond bleu écrit en blanc en haut de la page on trouve ceci :
2.66 g au volant d'un car
Une conductrice de car scolaire, âgée de 33 ans, a été
condamnée hier à trois mois de prison avec sursis
après avoir été interpellée la veille au volant avec 2.66g
d'alcool dans le sang. Dix-huit adolescents se trouvaient
à bord du car lors du contrôle
Bon forcément ça prête plus à rire qu'autre chose. Mais sur la même page un peu plus bas sur le côté gauche dans la rubrique "En bref":
Justice Imad Lahoud,soup-
conné d'être le falsificateur
des listings informatiques
dans l'affaire Clearstream, a
été mis en examen hier , pour
"abus de biens sociaux" dans
un autre dossier et placé sous
contrôle judiciaire.
L'affaire Clearstream, c'est pas le truc qui faisait 20 minutes dans tous les journaux télévisés sur toutes les chaînes ? On y comprennait rien mais on nous disait tout en tous cas. C'était LE scandale qui pouvait faire tomber la République. Bon Ok après y'a eu la Coupe du Monde , les vacances et la Star Ac. Alors forcément Cleastream ce n'est plus trop de l'info sexy.
Le Darfour , l'Irak? Ah non on fait plus, c'est passé de mode Coco !
Circulez y'a rien à voir. Merci à la SNCF qui nous fait aimer le train au JT de 20 h...
October 11 Fuite en avantBernard Werber a sorti son livre annuel en ce début octobre. Etant particulièrement fan de cet auteur j’avais commandé Le Papillon des Etoiles il y a plusieurs semaines. Je l’ai reçu lundi dans ma boite aux lettres et la journée d’hier a suffit pour que je le dévore. M’ayant déjà nourri de l’intégrale de l’œuvre werberienne, j’ai eu la fade impression que l’écrivain nous a resservi les mêmes plats. Certes la cuisine est bonne mais elle ne surprend plus. Les thèmes et les clichés habituels reviennent sans cesse même si cette fois nous n’avons pas droit à l’Encyclopédie Universel du Savoir. Et l’histoire dans tout ça ? La vie sur Terre devient de plus en plus exécrable : guerres, fanatismes religieux, terrorisme, pollution (il ne manque plus que le stress et on dirait une pub pour un shampooing anti-chute de cheveux…). Un savant façon Pierre Richard, une Florence Arthaud sexy (oui je sais c’est dur à imaginer), un milliardaire moitié Bill Gates moitié Richard Branson et une assistante hyper efficace vont monter un projet pharaonique pour fuir de ce monde en reconstituant une nouvelle société dans l’espace. Tout ce petit monde file vers une hypothétique planète habitable pour s’y réimplanter. Toute ressemblance avec des événements actuels n’est évidemment pas fortuite, mais les ficelles sont très grosses tout de même. Nath pense que Werber n’est qu’un plagiaire de talent qui ne cite pas ses sources. Pour la fin, que je ne dévoilerai pas, il n’y a pas besoin de les révéler tellement c’est énorme. Malgré tout ça reste un bon livre utopiste et réaliste à la fois. Utopiste car il ne fait aucun doute que Werber rêve d’un monde meilleur, réaliste sur la capacité de l’Humain à être finalement son plus gros prédateur.
Note : 14/20
Le Papillon des Etoiles, écrit par Bernard Werber, chez Albin Michel October 10 Page 44Jean-Pierre Marini erre dans cette forêt. Ses vêtements sont déchirés et une entaille à la cuisse laisse échapper un peu de sang. Cela fait plusieurs heures qu’il est à la recherche de son chemin. Parti chasser en début de matinée, il s’est retrouvé à fuir un sanglier dont il avait croisé la route. Durant sa course une branche est venue s’enfoncer dans sa chair, depuis il boîte péniblement et crie de temps en temps pour se faire localiser par ses compagnons de chasse. Marini a faim mais n’ose plus s’attaquer au moindre animal. Une lueur d’espoir s’est allumée quand il a senti une odeur de viande grillée. Enfin il avait retrouvé la route du campement. - Monsieur Armando ! Monsieur Armando ! C’est moi … Marini ! Je suis blessé…
Les Chamacs se couchent au sol derrière un buisson. Ils ne bougent plus d’une oreille. La forêt s’est tue.
Marini continue d’avancer lentement. Ce qu’il voit ne le rassure pas du tout. Certes le fleuve est là mais ça ne ressemble pas du tout à l’endroit ou nous bivouaquons. Que faire remonter ou descendre le courant ? J’ai faim. Il commence à faire froid. Pourquoi je suis parti de la communauté ? J’ai peur. J’ai toujours peur. Ce n’est pas mon monde ici. J’étais si bien dans mon confort bourgeois. J’ai grandi sur de la moquette épaisse, pas sur des chemins boueux. Monsieur Armando m’avait promis monts et merveilles et me voilà perdu dans cette satanée forêt, la jambe en sang à cause de ce maudit sanglier. Il faut que je retrouve le chemin du campem…
Les Chamacs se sont dressés d’un coup et ont sauté sur leur proie. Ils l’assomment de coups à la tête. Ils trouvent un tronc assez solide pour y attacher leur victime par les membres. La traversée du fleuve est chaotique du fait qu’ils aient une lourde charge à transporter. Cette capture les a rendu très confiant. Ils décident alors de prendre les routes à découvert. Grâce à cela ils ne mettent qu’une journée de marche pour rentrer dans leur village. A leur arrivée Mauro en personne va au devant d’eux et les félicite. Cette soudaine bienveillance les surprend un peu et il faudra quelques minutes pour que les dix soldats soient totalement détendus. On dépose le tronc d’arbre avec son chargement dans une cage surveillée par deux soldats. Toute la population du village accourt pour voir ce que la troupe a ramené de sa mission. Aucun Chamac n’avait encore vu une chose pareille. Celui qui est devant eux ne ressemble à aucun peuple qu’ils avaient déjà rencontré. Ses habits sont très différents des leurs. Il est plus grand qu’eux, sa peau un peu plus claire, ses pieds sont cachés dans une espèce de coque souple.
- Laissez moi sortir d’ici, vous n’avez pas le droit de me retenir enfermé comme ça, s’emporte Marini. Et puis arrêtez de me regarder comme une bête curieuse. Qui êtes-vous bande de sauvages ? Les Chamacs se reculent devant les cris de leur prisonnier. Ce langage leur est totalement étranger. Les soldats pointent leur lance devant Marini, il y en a même un qui tente de le toucher au travers des barreaux. Marini arrive à esquiver cette attaque et se recroqueville au fond de sa cage. Mauro s’interpose, ordonne à ses soldats de le laisser tranquille et fait recouvrir la geôle de peaux de bêtes.
Pendant quelques jours Marini reste dans sa cage et reçoit de temps en temps la visite d’une jeune Chamac qui vient lui donner à boire, à manger et lui applique quelques feuilles sur sa plaie. Elle ne parle pas, ils ne font qu’échanger des regards. Marini est troublé par cette jeune femme qui s’occupe de lui très amicalement. Il ne comprend pas pourquoi ses ravisseurs mettent autant de soin à le nourrir et le guérir. Pourquoi m’ont-ils capturé ? Je ne vois rien de ce qui se passe dehors. J’ai à manger, à boire, le petite me soigne mais pourquoi ? Ils ne veulent pas me tuer c’est certain sinon ils ne se donneraient pas autant de mal avec moi. C’est déjà ça. J’ai peur. Je sais qu’il se passe des choses dehors. J’entends qu’on fait des travaux autour de la cage. Qu’est ce qu’il se passe ici ? Je veux me réveiller et retourner dans mon appartement cossu du seizième arrondissement. Le silence se fait dans le village Chamac. Marini, allongé par terre, se roule en boule sous la peau de bête que la jeune femme lui a amené et s’endort. Dans une hutte un peu plus loin, Mauro et le Sorcier reçoivent un soldat. Une vraie force de la nature. C’est le seul qui pourrait rivaliser au combat avec son chef. Quatre-vingt kilos de muscles destinés à servir son peuple. Il a participé à toutes les campagnes militaires de ces trois dernières années, exceptée la déroute contre les Broline. Ce soir il mange avec son glorieux chef et demain ce sera son jour de gloire. October 04 Page 4337. TRAQUE
Dix Chamac progressent à travers la forêt. La méfiance est de mise car la dernière expédition fut celle chez les Broline. Et chaque soldat Chamac a encore en lui la vision de ses corps mutilés à l’extrême. Pourtant Mauro n’a pas envoyé ses meilleurs hommes. Il a gardé ses trois guerriers les plus valeureux et les plus costauds auprès de lui. Ces trois privilégiés ont le droit à toute la nourriture qu’ils désirent et toute la tribu est aux petits soins pour eux. Leur mission sera de terrasser les futurs prisonniers. La troupe évite tous les sentiers ou les passages à découvert. Ils ne se sentent toujours pas prêts à affronter des étrangers. Mais à force de s’écarter des chemins connus, les dix soldats ne sont pas partis dans la direction de leur dernière victoire militaire. Après trois jours de marche les voilà près d’un grand cours d’eau. Ils ont faim et il est grand temps de chasser du gibier. Par chance quatre biches passent à moins de cinquante mètre d’eux. Ne plus bouger, ne plus parler, quasiment ne plus respirer. Mais leur odeur trahit les Chamac, et les bêtes ont senti leurs prédateurs. Les biches se dispersent et les Chamac jettent leur dévolu sur celle qui semble être la plus lente. Les guerriers jettent leur lance en direction de l’animal. Avec vivacité, la biche en évite huit, la neuvième frappe le flanc de la bête mais ne s’y fichera pas, la dernière enfin se plante un instant dans son dos. L’animal blessé continue de courir, il sait que s’il s’arrête tout est fini. Apres quelques soubresauts, la lance se détache et laisse échapper un filet de sang. Les soldats ont ramassé leurs lances et continuent de courir après leur proie. On tente de former un cercle autour de la biche, mais la bête est trop rapide malgré sa blessure. La battue s’organise et il n’y a plus qu’une seule solution pour fuir : le fleuve. L’animal se jette désespérément dans l’eau pour échapper aux Chamacs. Les chasseurs pestent contre la témérité de cette biche qui les prive sans doute d’un bon dîner. Alors qu’ils allaient tourner les talons pour se mettre en quête d’une autre proie, ils voient la biche s’immobiliser dans l’eau et quasiment marcher sur les flots. D’un pas hésitant, elle avance au milieu du fleuve et atteint l’autre rive au bout de quelques instants. Les soldats n’en croient pas leurs yeux et commencent à invoquer les Dieux. Il y en a pourtant un, qui devait avoir encore plus faim que les autres, qui s’approche de l’endroit où la biche s’est jetée dans l’eau. Il remarque que le fond de l’eau est visible. Prudemment il descend dans la rivière. Les autres se sont tus et regarde leur compagnon rester immobile dans l’eau. Il avance doucement, prenant de longues secondes entre chaque pas. De sa lance il sonde le sol pour savoir où poser les pieds. L’eau est froide mais la faim le tiraille. Seul la viande de cette biche pourra l’apaiser. Il affronte sa peur de l’eau, il contient le courant, il plante solidement sa lance pour assurer son prochain pas. La panique a cédé la place à l’encouragement chez ses compagnons d’expédition. Du bord de la rive les cris fusent pour l’aider à franchir les derniers mètres qu’il reste à traverser. Des poissons surpris de cette présence humaine viennent s’aventurer entre ses jambes. Il ne les remarque même pas. Il tend son bras le plus loin qu’il peut pour tenter d’attraper cette racine qui sort de terre. Encore deux pas à faire. Un pas. Ca y’est. Il agrippe la racine et parvient à monter sur le rivage. Il se retourne, fait de grands signes et lance de grands cris à l’intention des ses compagnons. Il les invite à le rejoindre pour chercher cette fameuse biche. Des traces de sang sont visibles sur le sol, elle ne doit pas être bien loin.
Les neuf autres soldats entament eux aussi la traversée. Ils se suivent en file indienne et malgré quelques chutes dans l’eau tout le monde arrive à bon port. De brèves étreintes célèbrent les retrouvailles. Les soldats se remettent immédiatement à la recherche de la biche et suivent les traces de sang. Moins de vingt minutes plus tard, la bête vacille devant eux, quasiment vidée de son sang. Pour la forme les Chamac lui jettent tout ce qu’ils trouvent sous la main pour une lapidation en règle. Quand ils ont la certitude que la biche ne bougera plus, ils s’approchent pour découper en quartiers de viande la pauvre bête. Le repas est copieux et les guerriers peuvent maintenant savourer cette fin de journée qui les a vu franchir un fleuve. Ils sont assis contre des arbres et profitent du silence accompagnant la tombée de la nuit. On entend seulement quelques hiboux et des grenouilles barbotant dans le fleuve. Le craquement d’une branche met fin à ce concert bucolique.
(...) October 02 Une chèvre de l'armée britannique retrouve les honneurs pour bonne conduiteNICOSIE (AFP) - Une chèvre d'un régiment de l'armée britannique basé à Chypre, rétrogradée en juin pour avoir refusé de marcher dans le rang lors des festivités du 80e anniversaire de la reine Elizabeth II, vient de retrouver sa distinction de soldat de première classe. William Windsor, matricule 25232301 au sein du 1er bataillon du régiment royal de fusiliers gallois, a retrouvé les honneurs la semaine dernière pour bonne conduite, a expliqué mardi le capitaine Crispin Coates, porte-parole des forces britanniques basées à Chypre. L'animal âgé de six ans s'est en effet distingué lors d'une parade célébrant la victoire de son régiment lors de la guerre de Crimée en 1854 en "défilant fièrement, la tête haute", a-t-il dit. William, dit Billy, avait été rétrogradé pour avoir "désobéi à un ordre direct" et "comportement inacceptable", lors d'une cérémonie organisée en juin en l'honneur de la reine Elizabeth, sur la base militaire britannique d'Episkopi, près de Limassol (sud-ouest). Mais "Billy a eu tout l'été pour réfléchir et a clairement mérité sa promotion" et les avantages qui y sont attachés, à savoir notamment être membre du mess des officiers, a dit le capitaine Simon Clarke.Ca c'est la version officielle mais en fait si vous voulez mon avis y'a de la promotion canapé la dessous, une chèvre, des militaires, les morceaux du puzzle s'emboîtent les uns dans les autres non ? |
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